La lettre de l’Europe (juillet 2010, n°2)

Tous les trimestres, Vincent Peillon publie une lettre d’information sur son activité de député européen de la région Sud-Est.

Cliquez sur l’image pour télécharger le numéro de juillet 2010.

Pour une meilleure surveillance de l’industrie financière

A l’initiative de députés européens issus de cinq des sept groupes du Parlement européen (Parti populaire européen, Socialistes et démocrates, Libéraux et démocrates, Verts et Gauche unitaire) et de dix pays, l’appel ci-dessous a été lancé dans la perspective du G20. Il demande la mise en place d’une véritable contre expertise en matière d’industrie financière.

Nous, élus européens en charge de réglementer les marchés financiers et les banques, constatons tous les jours la pression exercée par l’industrie financière et bancaire pour influencer les lois qui la régissent.

Il n’est pas anormal que ces entreprises fassent entendre leur point de vue et discutent régulièrement avec les législateurs. Mais l’asymétrie entre la puissance de ce lobbying et l’absence de contre-expertise nous semble un danger pour la démocratie. Le lobbying des uns doit en effet être contrebalancé par celui des autres. En matière environnementale et de santé publique, en face des industriels, les organisations non gouvernementales (ONG) ont développé une véritable contre-expertise. Il en est de même en matière sociale entre les organisations patronales et syndicales. Cette confrontation permet aux élus d’entendre des arguments contradictoires. En matière financière, ce n’est pas le cas. Ni les syndicats de salariés, ni les ONG n’ont développé d’expertise capable de rivaliser avec celle des banques.

Il n’existe donc pas aujourd’hui de contre-pouvoir suffisant dans la société civile.  Cette asymétrie constitue à nos yeux un danger pour la qualité des lois, et pour la démocratie.

Car cette asymétrie s’inscrit dans un contexte de forte proximité des élites politiques et financières. Aux Etats-Unis les liens entre Goldman Sachs et l’administration fédérale sont connus. Mais en Europe cette proximité n’est pas moindre. Elle contribue à renforcer la prise en compte des arguments de l’industrie financière de manière unilatérale et constitue un frein certain à la capacité du personnel politique à prendre des décisions en toute indépendance. Or, l’absence de réponse politique adéquate à la crise du système financier peut nourrir toute forme de populisme, basé davantage sur l’émotion que sur la raison.

En tant qu’élus européens en charge de la réglementation financière et bancaire nous appelons donc la société civile (ONGs, syndicats, universitaires, think-tanks…) à s’organiser pour créer une (ou plusieurs) organisation non gouvernementale capable(s) de développer une contre expertise sur les activités menées sur les marchés financiers par les principaux opérateurs (banques, compagnies d’assurances, hedge funds, etc…) et de faire connaitre de manière efficace cette analyse aux medias.

En tant qu’élus issus de plusieurs familles politiques nous pouvons diverger sur les mesures à prendre. Mais nous convergeons pour alerter l’opinion sur ce risque pour la qualité de la démocratie.

Nous invitons l’ensemble des parlementaires européens et nationaux à rejoindre notre appel.

Cliquer ici pour consulter le site de l’appel

Appel au G20 : pour une taxe sur les transactions financières !

Vincent Peillon a signé l’appel de plusieurs associations pour une taxation des transactions financières (TTF), dont le texte est disponible ci-dessous. Il défend le principe d’une taxe sur ce type de transactions depuis environ un an, sous le nom de Taxe Tobin verte.

Pour signer l’appel, cliquer ici.

Mesdames et Messieurs les membres du G20,

La dérégulation du secteur financier est responsable en grande partie de la crise économique actuelle. La croissance exagérée de ce secteur, concentré sur des profits spéculatifs à court terme, a créé une bulle financière déconnectée de l’économie réelle. Avec l’explosion de la dernière bulle, des millions d’hommes et de femmes perdent leur emploi, sombrent dans une plus grande pauvreté, tandis que cent millions de personnes supplémentaires souffrent de la faim.

Vous avez mobilisé des centaines de milliards de dollars pour sauver les banques et le système financier. Mais vous ne répondez pas aux crises sociales et écologiques avec la volonté politique et les ressources financières indispensables.

Les acteurs du secteur financier ont bénéficié pendant des décennies de l’absence de régulation significative et sont largement responsables de la crise. Je pense qu’il est temps qu’ils paient eux aussi leur contribution à l’intérêt général. Une taxe sur les transactions financières serait l’instrument le plus juste et le plus efficace pour le garantir.

Elle permettrait de :

  • De dégager les fonds nécessaires pour payer les coûts sociaux de la crise, pour financer les biens publics mondiaux telle que la santé ou la lutte contre la pauvreté et le changement climatique.
  • De contribuer à une plus grande stabilité du système financier, en réduisant la spéculation et une liquidité excessive.

Votre prochaine réunion à Toronto, les 26 et 27 juin 2010, vous offre l’opportunité de changer le cours des choses et de rompre avec les pratiques habituelles. Nous vous demandons de passer à l’action, à cette occasion, en décidant l’introduction d’une taxe sur les transactions financières.

Rapport sur l’Union pour la Méditerranée : entretien avec Vincent Peillon

Quelques minutes avant l’adoption de son rapport par le Parlement européen, Vincent Peillon explique les enjeux de l’intégration euro-méditerranéenne et les avancées qu’il propose.

« L’Europe n’a jamais eu autant besoin du Sud »

Ce 20 mai 2010, à Strasbourg, le Parlement européen a adopté à une très large majorité le rapport de Vincent Peillon sur l’Union pour la Méditerranée.

Alors que le processus rencontre nombre de difficultés depuis deux ans, et que de lourdes incertitudes pèsent sur la tenue effective du second sommet de l’UpM prévu le 7 juin prochain à Barcelone, le rapport Peillon propose une feuille de route pour relancer l’UpM, clarifier ses missions et définir une stratégie de l’Union européenne à long terme vers le Sud de la Méditerranée.

Le Parlement européen a ainsi réaffirmé avec solennité son engagement en faveur de l’intégration euro-méditerranéenne, qui doit être une de nos stratégies prioritaires pour les décennies à venir. « Au nord, nous pensons souvent que le Sud a besoin de l’Europe, mais nous oublions qu’en réalité l’Europe n’a jamais eu autant besoin du Sud » ajoute V. Peillon, « et ce qu’il s’agisse de relever les défis de notre développement économique et social, de notre démographie, de l’environnement et de la lutte contre le réchauffement climatique, ou encore de répondre aux enjeux civilisationnels du XXIème siècle. »

C’est maintenant aux chefs d’Etats et de gouvernement des 43 pays membres de « prendre la mesure de leur responsabilité et répondre présents au rendez-vous de l’Histoire », conclut-il.

Le rapport Peillon insiste également sur la nécessité de renforcer au plus vite la légitimité démocratique de l’UpM. Il existe depuis quelques années une Assemblée Parlementaire Euroméditerranéenne (APEM). Elle doit être réformée, renforcée et reconnue comme partie intégrante de l’architecture institutionnelle de l’UpM.

Enfin, outre le soutien aux six grands secteurs stratégiques déjà initiés à Paris en juillet 2008, le texte adopté détaille un grand nombre d’orientations ambitieuses et de propositions concrètes, parmi lesquels :

- la promotion d’un Erasmus euroméditerranéen,

- une chaîne de télévision euroméditerranéenne

- la facilitation progressive de la libre circulation entre les deux rives,

- la convergence des politiques agricoles euro-méditerranéennes,

- une stratégie euro-méditerranéenne pour l’efficacité énergétique.

La crise a ébranlé nos économies, au Nord comme au Sud, mais elle ne doit pas ébranler nos convictions dans les bienfaits de l’intégration euroméditerranéenne. L’ »Europe doit tout mettre en ouvre pour éviter le repli sur soi, pour sortir de sa léthargie et se donner les moyens, y compris financiers de relever la tête sur le long terme ».