« Les dernière décennies ont été marquées par une préférence pour les inégalités : entre générations, entre territoires, entre revenus, et par trop de discriminations négatives »
Interview de Vincent Peillon dans « La revue des grandes écoles ».
Comment réussir à donner une cohésion sociale stable à notre pays ?
Dans nos sociétés très individualistes, la cohésion sociale ne va pas d’elle-même : elle doit être créée et entretenue à travers des mécanismes concrets de solidarité, qu’il revient en premier lieu au pouvoir politique de mettre en oeuvre. Un outil puissant de solidarité, c’est par exemple la fiscalité. Celle-ci n’est pas suffisamment progressive et redistributive en France ; on demande, en proportion de leurs revenus, à peine plus aux 10 % les plus riches qu’aux 10 % les plus pauvres. La gauche doit porter une grande réforme fiscale. Nous devons aussi poser les bases d’un nouveau contrat entre l’école et la nation. Par ailleurs, la cohésion sociale va de pair avec la cohésion politique et l’efficacité économique. Des questions très lourdes se posent car notre modèle social suppose une puissance européenne et des régulations qui font défaut. La refondation du pacte républicain en France exige aussi l’émergence d’un nouvel internationalisme.
Pourquoi n’arrive-t-on pas à construire une Europe suffisamment démocratique qui soit attractive pour les citoyens ?
L’Union européenne n’est pas un Etat : c’est une fédération d’Etats-nations. Elle constitue donc une forme politique nouvelle à laquelle les outils démocratiques dont nous disposons ne sont pas – pas encore – entièrement adaptés. Cela prend du temps. L’UE est en permanence en construction et en voie de démocratisation. Un véritable espace public à l’échelle européenne, indispensable à la vie démocratique, est par exemple encore embryonnaire. L’Europe doit devenir moins « institutionnelle » et beaucoup plus politique pour être intelligible aux citoyens. Il existe par exemple, au Parlement, de véritables clivages entre la droite et la gauche, qu’il s’agit de rendre plus visibles.
Quid de l’Europe sociale… ?
C’est une revendication des socialistes européens, mais malheureusement nous sommes minoritaires en Europe ! Les partis conservateurs, qui ne veulent pas en entendre parler, contrôlent actuellement le Parlement, la majorité des Etats et la Commission. Des choix idéologiques ont été faits qui nous coûtent chers : euro fort, absence de gouvernement économique et d’harmonisation fiscale, libre échangisme dogmatique. Une des grandes affaires pour le siècle qui s’ouvre et votre génération, c’est l’appropriation et la réorientation de la construction européenne dans un monde où émergent d’autres grandes puissances démographiques, économiques, intellectuelles, industrielles.
Pourquoi vouloir faire disparaître les grandes écoles ?
Nous fonctionnons sur un système dual où l’excellence des uns se construit sur l’abandon et la paupérisation des autres, avec des biais de reproduction sociale inacceptables et contreperformants. Le mieux va au mieux et le pire au pire. Le bilan des grandes écoles n’est pas non plus exempt de faiblesses. Les formations qu’elles dispensent n’ont pas toujours, ces dernières années, conduit à de grandes réussites industrielles et économiques. On a par exemple raté le grand tournant technologique (Internet, les énergies renouvelables). Pourquoi ? Parce qu’elles ne sont pas assez en pointe sur l’innovation et la recherche, dont l’essentiel se fait au sein de l’Université. De ce point de vue, celle-ci a beaucoup à leur apporter. Il faut rapprocher et métisser les deux systèmes plutôt que d’accroître le divorce. Les échecs de la société française sont aussi ceux de ses élites.
Quel est l’objectif du Rassemblement social, écologique et démocrate (RSED) ?
Les Français, s’ils sont déçus et révoltés par le pouvoir sarkozyste, le sont tout autant face à la fragmentation de l’opposition et aux querelles des partis qui la composent. Privés d’alternative, leur frustration est immense. Le Rassemblement réunit ceux qui pensent que la victoire contre Nicolas Sarkozy, en 2012, ne sera possible que par une grande alliance des forces du progrès – de la gauche du PS au MoDem – autour de propositions précises discutées avec les forces vives et la société civile, préludes à un contrat de gouvernement. Pour bâtir cette alternative, il n’est pas inutile de se parler et d’engager dès à présent un dialogue sur les grands thèmes qui préoccupent nos concitoyens : l’éducation, l’emploi, la fiscalité, la transition écologique, le logement, etc… Le Rassemblement est ce lieu de débat et de construction d’une espérance politique dans le sérieux et la clarté.
Interview réalisée par Patrick Simon

Chaque semaine, par courriel, vous m'adressez de nombreux textes. Morceaux choisis parmi ceux qui apportent le plus au débat.























Que pense notre député des frais d’inscription (disons passer de 400 E/an à 4000 E/an) à l’université ?
merci par avance
un militant PS, professeur des universités.