L’antisarkozysme comme programme
L’anti-sarkozisme ne suffit pas à faire un programme ? La gauche manque d’idées ? La droite en a trop ? L’argument, qu’elle nous rabâche, rassure la droite, et pour cause. Et pourtant au point où en est la France, il faut être d’une singulière mauvaise foi pour refuser d’admettre que, non seulement désormais l’anti-sarkozisme suffit bel et bien à définir tout un programme politique, mais même promet à ceux qui oseront s’y risquer du travail pour au moins vingt ans. Le sarkozisme aura été tellement universellement négateur, que la négation de sa négation constitue maintenant une positivité immensément exigeante.
En doute-t-on ? Qu’on me permette de dresser une liste rapide de ce qui à faire ou à refaire, afin de contrer les aberrations actuelles. Quel que soit le parti politique réclamant pour lui l’alternance à ce qu’on subit aujourd’hui, il devra écouter ce qui suit et accepter d’essayer de faire au mieux. Voici de quoi l’aider à trouver des idées, s’il est vrai qu’il en manque. Faute de quoi on devra désespérer de tous et de tout : que la gauche ne manque pas son rendez-vous avec ceux qui comptent sur elle !
D’abord il s’agit d’un choix de société : rien que ça ! Ou bien on poursuit dans la voie d’une société du profit égoïste et irresponsable (tout pour le privé, et à court terme), ou bien on veut reconstruire une communauté un peu solidaire (respect des intérêts privés dans un cadre public).
Ensuite il faut opter pour un principe de réalisation : ou bien une administration politique de mensonge (dans les informations, les propagandes, les statistiques, etc.) et d’injustice (toujours plus de privilèges aux privilégiés), ou bien une conduite des affaires publiques sous le sceau inverse de la loyauté et de l’équité.
Les principaux (et urgents) domaines d’action seront nécessairement :
1-la libération de la presse écrite et audiovisuelle, comme préalable à toute réforme de quoi que ce soit. Sans commentaire, c’est trop dramatiquement évident.
2-le rétablissement de la souveraineté de l’Etat, à travers ses organes fondamentaux.
-rééquilibrer les pouvoirs politiques, et renforcer les contre-pouvoirs : rendre la souveraineté au Législatif, instaurer le principe de la révocabilité des élus, et lancer l’idée de la responsabilité judiciaire des gouvernants dans leurs politiques.
-réaffirmer la dignité des fonctionnaires comme serviteurs de l’intérêt général.
-raffermir la Justice, lui donner à la fois sa vraie indépendance, et les moyens nécessaires pour remplir sa fonction.
-rétablir l’Impôt dans sa dignité : avoir le courage de promouvoir pédagogiquement l’impôt direct, en le rendant clair et juste, et donner à nouveau aux Services des Impôts les moyens publics dont ils ont besoin.
-repenser l’Education, comme formation de tous en tant que citoyens de demain, et pas seulement de ceux qui peuvent payer. Seul moyen, dramatiquement urgent, de rétablir le sentiment d’appartenance collective. Refonder une Université et une Ecole réellement d’Etat, ainsi que toute la formation des enseignants.
-garantir la police, la gendarmerie, la poste et l’hôpital de rester ou de redevenir des services de toute la collectivité à tous ses membres.
3-la remise à leur place des gouvernants et des élus. Ceux qui en seront dignes doivent réapprendre à être les plus hauts exemples des Français. Leurs fonctions doivent redevenir des charges, et cesser d’être des planques (où l’on peut accessoirement faire fortune). Economies substantielles à réaliser de façon proportionnelle aux abus actuels, prioritairement à l’Elysée, à l’Assemblée Nationale et au Sénat.
4-une politique extérieure loyalement européenne, au lieu de l’hypocrisie qui s’appuie sur l’Europe quand ça arrange et la renie dès que ça dérange. Travailler patiemment mais obstinément à une Europe plus sociale et moins libérale.
5-une économie franche et justement encadrée :
-annoncer la vérité sur le chômage (non pas 8 ou 9 % bien trafiqués, mais entre 20 et 30), faute de quoi on s’embourbera dans les mêmes ornières. Reconnaître loyalement que ce chômage ne vient ni des 35 heures ni des immigrés, mais de l’économie indécente des transactions bancaires. Bien se démarquer de l’imposture de droite, qui a tout intérêt à garder un chômage fort tout en prétendant le contraire, tandis que l’effort de la gauche doit être de le réduire autant qu’elle peut.
-avouer publiquement, afin de bénéficier du soutien des peuples, qu’on ne peut pas tout précisément, notamment à cause du chantage structurel des multi-nationales (si l’Etat nous empêche de faire nos bénéfices, alors nous délocaliserons).
-rendre la gestion des ressources nécessaires à tous au seul Etat qui doit en avoir la charge exclusive : eau, gaz, électricité, infrastructures routières.
L’anti-sarkozisme, pas un programme ? Allons donc ! En cinq ans, les prochains élus (du moins on l’espère ardemment) ne viendront même pas à bout de tout ce que ce dernier exige de faire.
Si la gauche n’a pas le courage d’entendre ce qui précède et que les Français attendent désespérément d’elle, alors elle ne méritera plus rien.
Dominique Catteau

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