Archives de la catégorie 'Crise'
27 janvier 2012
Tribune dans Libération à l’occasion du débat entre Vincent Peillon et François Dubet : « Education, la France déjà dégradée ? » aux Etats généraux du renouveau, samedi 28 janvier à Grenoble.
La «dette» semble devoir être le maître-mot de la campagne présidentielle. A quelques mois de l’élection, c’est autour de cet enjeu – de sa genèse comme des propositions en vue de sa résorption – que se structure l’essentiel du débat. Mais de quoi parlons-nous au juste ? La question mérite d’être posée, car la dette que nous devrons affronter en mai prochain, si les Français font confiance à François Hollande et à la gauche, n’est pas unidimensionnelle. La dette «budgétaire» en cache une autre, tout aussi profonde dans son contenu, tout aussi importante à réduire pour l’avenir de notre pays. Il s’agit de la dette éducative. Pour un gouvernement de gauche, l’héritage de la droite en mai 2012, ce ne sera pas seulement des comptes publics grevés par des années d’impérities budgétaires et de cadeaux fiscaux aux plus fortunés. L’héritage, ce sera aussi une blessure sans précédent dans notre histoire républicaine : la blessure faite à l’école.
En cinq ans, presque 10% des effectifs enseignants ont été supprimés. La formation des professeurs a été réduite à néant, tant et si bien que 70% des nouveaux enseignants se retrouvent devant leurs classes, à temps complet, sans avoir reçu de formation pratique ni avoir rencontré un seul élève. Les réseaux d’aide spécialisés aux élèves en difficulté ont été démantelés. La scolarisation des moins de 3 ans, que l’on sait essentielle pour la lutte contre les inégalités et l’échec scolaire, est passée de 35% à 13%. Autant de mesures dictées par un seul impératif : réduire les coûts quelqu’en soit le prix. Sans compter les diatribes insensées pour décréter le curé et le pasteur plus compétents que l’instituteur pour renseigner sur le sens de la vie. Choix de valeur et choix budgétaire marchent toujours ensemble.
Les conséquences de cette politique court-termiste à forte teneur idéologique sont déjà visibles : la France, a continuellement chuté depuis 2000 dans tous les classements internationaux qui évaluent les résultats des élèves. Elle est désormais le pays de l’OCDE où les inégalités sociales ont l’impact le plus fort sur les inégalités scolaires, où le taux d’encadrement en primaire est le plus faible (5 enseignants pour 100 élèves). Le métier n’attire plus et le ministère peine à trouver des candidats pour les quelques postes qu’il offre encore. Près de 150 000 jeunes sortent sans qualification du système scolaire. Les performances des élèves à l’entrée en 6e, pour la maîtrise de la langue comme pour les mathématiques, ne cessent de se dégrader. Les évaluations nationales, celles de la Cour des comptes ou du Haut Conseil à l’éducation, viennent confirmer ce piteux diagnostic. Les intérêts de cette dette éducative, ce sont nos enfants qui vont devoir les payer, à moyen comme à long terme. Le gouvernement essaie par tous les moyens de cacher son échec. Le ministre Châtel entrave la publication de rapports de l’Inspection générale de l’éducation nationale qui l’accablent.
Nos liquidateurs en chef de l’Education nationale voudraient échapper à leurs responsabilités. Ils ne trompent plus qu’eux-mêmes : parents d’élèves comme enseignants, observateurs internationaux comme responsables nationaux, tous convergent pour dire que la dette éducative de notre pays s’est, ces cinq dernières années, creusée comme jamais.
Autant dire que le triple A de l’éducation, la France l’a perdu depuis longtemps. Et pour longtemps si l’on ne réagit pas très vite. C’est le sens de la priorité donnée à la jeunesse et à l’éducation par François Hollande et par le projet de refondation de l’école de la République qu’il porte. L’ampleur de la dévastation est telle qu’on ne pourra en faire l’économie. Donner les moyens à l’école de réussir sa mission, ce n’est pas dépenser, c’est investir dans l’avenir. Même Standard & Poor’s – qui n’a pas toujours brillé par autant de clairvoyance – nous le dit : la clé de la croissance de demain se trouve dans les investissements massifs que nous devons faire aujourd’hui dans l’enseignement, la formation et la recherche, de la maternelle aux doctorats, et au-delà.
Mais les moyens n’ont de sens qu’en ce qu’ils permettent de servir des fins. Celles-ci s’appellent pour nous : briser le noyau dur de l’échec scolaire, mettre sur pied une formation initiale et continue des enseignants digne de ce nom, réformer les rythmes scolaires, faire évoluer le métier d’enseignant, revaloriser l’enseignement professionnel.
Des fins d’efficacité, mais aussi de justice. Creuser la dette éducative, c’est creuser le sillon de notre déclin collectif. L’inverse est tout aussi vrai : le redressement de la France, de son modèle républicain et de son économie, passe par la refondation de son école et l’investissement dans la connaissance. C’est le projet que porte François Hollande.
19 janvier 2012
Interview croisée de Vincent Peillon et de Luc Chatel, par Véronique Soulé.
Libération – Interview. L’actuel ministre de l’Education nationale et le conseiller de François Hollande, défendent des projets opposés.
Tandis que la promesse de François Hollande de créer 60 000 postes dans l’éducation sème la zizanie au sein du Parti socialiste, son conseiller éducation, Vincent Peillon, et le ministre Luc Chatel ont répondu séparément aux questions de Libération sur leur vision de l’école.
Comment voyez-vous l’enseignant de demain ?
Luc Chatel : Pendant longtemps, sa mission essentielle a été de transmettre le savoir. Or, le monde a changé, l’école aussi. Cela reste le cœur de son action. Mais face à des classes hétérogènes et des enfants de la génération Internet, le métier est devenu plus complexe et il a d’autres missions : apporter un soutien scolaire différencié selon les élèves, participer à l’élaboration du projet pédagogique, recevoir les parents… C’est important d’avoir ce débat.
Pour moi, il est clair que dans le secondaire, il faut désormais déterminer le temps de travail des enseignants par des heures de présence dans l’établissement, afin d’inclure toutes ces missions, et non plus seulement par des heures de cours comme cela se fait depuis le décret de 1950 sur les obligations de service [18 heures de cours hebdomadaires pour les certifiés, 15 pour les agrégés, ndlr]. On entérinerait ainsi ce que de nombreux enseignants font déjà.
Vincent Peillon : Après ce quinquennat, les conditions matérielles et morales faites aux enseignants se sont tellement dégradées que l’on a une crise du recrutement. Il faut d’abord redonner aux professeurs les moyens d’enseigner. C’est pour cela que nous défendons l’idée d’un contrat : toute la nation doit s’engager à leurs côtés.
Les tâches se sont diversifiées et doivent être reconnues. Nous ne pouvons pas rester en l’état. Mais la seule réforme qui marchera se fera avec les enseignants – et non sans eux, comme le fait ce gouvernement. Commencer par revoir les obligations de service est une erreur, et même une faute à l’égard des enseignants qu’on a l’air de désigner comme responsables d’échecs imputables à une politique. Aucun professeur du secondaire ne travaille 15 ou 18 heures, mais 37, voire 38. On ne peut pas traiter ces questions avec des slogans. Après une concertation approfondie, si nous l’emportons, nous prévoyons une loi à l’automne.
Lire la suite de ‘« L’école n’est pas un coût, mais un investissement »’
6 janvier 2012
Face à Christophe Barbier sur i>TELE, Vincent Peillon réagit aux récentes déclarations du président de la République, en particulier sur l’éducation. « Ses mots, qui sont des mensonges, n’habilleront pas la réalité : dans tous les classements internationaux sur la performance des systèmes éducatifs, la France sombre depuis 2002« , souligne-t-il. « Alors que Nicolas Sarkozy croit que chaque mot est un acte, François Hollande redonne à la politique son sérieux« .
Vous pouvez retrouver le verbatim intégral de cet entretien sur le site d’antennerelais (qu’il soit ici remercié pour ce travail).
Peillon recadre les voeux de Sarkozy à l’éducation par antennerelais
5 janvier 2012
Vincent Peillon était ce matin l’invité de Pascale Clark sur France Inter pour développer les propositions de François Hollande sur l’éducation. Retrouvez l’intégralité de cet entretien :
Vincent Peillon par franceinter
16 décembre 2011

Entretien de Vincent Peillon au Café Pédagogique.
Etes-vous sorti de la phase des consultations avec les acteurs de l’Ecole ? Sinon quand publierez-vous le programme Hollande pour l’Ecole ?
François Hollande est candidat à l’élection présidentielle. Il va proposer un projet pour la France. Dans ce projet, il a annoncé qu’il veut mettre un terme à la crise de l’avenir qui ronge notre pays, l’affaiblit, le désunit. Au cœur de cette ambition il y a l’école, non seulement parce qu’elle est au fondement de notre identité républicaine, mais parce qu’elle est la France de demain. Edgar Quinet disait de l’écolier qu’il est le « messager de l’avenir ». En abandonnant l’école, la droite a sacrifié notre avenir. Nous voulons retrouver le sens du progrès, la promesse républicaine, et nous savons que l’école est le vecteur pour le faire. Il appartient à François Hollande de donner du sens, de fixer une orientation, de défendre des valeurs, pas seulement d’écrire un programme.
D’où la deuxième volonté de François Hollande, celle de passer un nouveau contrat entre l’école et la nation. Cette idée n’est pas rien. Il s’agit de dire que l’école est l’affaire de tous, le bien de tous, qu’elle relève de l’intérêt général, et que donc tout le monde doit prendre en charge cette œuvre qui est une œuvre de refondation républicaine. C’est la nation toute entière qui doit se mobiliser autour de son école. C’est un choix de valeur et un choix de société. Nous voulons porter le projet d’une société qui replace la connaissance, le savoir, l’avenir, la justice, la laïcité au cœur du pacte républicain C’est dans cette perspective que François Hollande a souhaité que je puisse rencontrer, avec tous ceux et toutes celles qui m’entourent, l’ensemble des acteurs pour baliser ce que pourra être cet acte de refondation dont il avait précisé au salon de l’éducation qu’il devrait prendre, pour commencer, la forme d’une loi de programmation votée à l’automne.
Une première série de consultations est terminée, mais d’autres vont se poursuivre à travers des groupes thématiques pour approfondir plusieurs points et voir jusqu’où on peut aller. C’est un travail sérieux, discret, approfondi, respectueux des rôles de chacun, mais qui dit bien combien nous partageons tous la volonté de conduire ensemble ce redressement national autour et à partir de notre école. François Hollande aura à proposer son projet pour la France, et sa vision de l’école républicaine du XXI siècle, sans doute dans les premières semaines de 2012, et il aura plusieurs occasions de préciser ce projet jusqu’en mai.
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2 décembre 2011
Invité de « La Matinale » de Canal+, Vincent Peillon a mis en garde Nicolas Sarkozy contre l’inutilité et les dangers de la négociation d’un nouveau traité européen. Un tel processus prendrait des mois, nous engagerait pour des décennies et comporte un risque important de régression démocratique, souligne-t-il. La crise exige, à l’inverse, des réponses immédiates et qui ne nécessitent pas de modifier les traités actuels : l’émission d’euro-obligations, une taxe sur les transactions financières, le renforcement du Fonds Européen de Stabilité Financière, un rôle accru de la BCE et une initiative européenne de croissance (à partir de 25’20 min) :
2 décembre 2011
Les Inrocks – En Europe, à part en France, plus aucune force politique majeure ne se réclame du “socialisme”. Vincent Peillon, chargé de l’Education auprès de François Hollande, explore les voies étroites de la social-démocratie d’aujourd’hui.
On a l’impression que la crise ne sert pas les idées social-démocrates. Y a-t-il une crise de la social-démocratie ?
Vincent Peillon - Sans doute. La droite gouverne l’Europe, la Commission, le Conseil, le Parlement, et la gauche a presque disparu : elle ne gouverne directement que le Danemark et Chypre ! Mais le paradoxe, c’est que ce sont les idées de la social-démocratie qui se discutent actuellement. L’harmonisation fiscale, la régulation financière internationale, le gouvernement économique européen, tout cela figure dans les textes socialistes depuis des années ! Quant aux politiques publiques nationales – redistribution, contrat, investissement dans la petite enfance, développement durable -, c’est pareil. Je ne vois donc pas un recul théorique des positions de la social-démocratie. L’élection de 2012 en France doit être le premier signe d’une reconquête progressiste, un printemps européen après les printemps arabes !
Comment ?
D’abord, en tirant les leçons du passé. La social-démocratie s’est égarée durant les années 90 dans le social-libéralisme. Sur des sujets majeurs comme la régulation économique internationale, il n’y a pas eu la volonté d’affrontement nécessaire. Idem pour l’Europe ou le contrat social : génuflexion devant le marché, associé aux droits de l’homme et à une vague équité. La social-démocratie s’est pour une part abandonnée elle-même. Ensuite, en menant plus durement la bataille idéologique contre la droite, ultralibérale d’abord, nationale-populiste maintenant, conduisant toujours au désastre mais fière d’elle, arrogante. Sarkozy a échoué sur tout : la croissance, la dette, le logement, le commerce extérieur, l’emploi, l’école, et même la sécurité, mais cela ne l’embarrasse pas, il va faire à nouveau la leçon à tout le monde. La télécratie sert les populismes, et Sarkozy s’y complaît. Nous devons nous y adapter pour conduire la confrontation.
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