Archives de la catégorie 'Europe'

Contre la peur et le repli, ouvrons-nous aux étudiants de la Méditerranée

Vincent Peillon et sa collègue eurodéputée Françoise Castex organisaient aujourd’hui au Parlement européen une conférence rassemblant présidents d’université, organisations étudiantes, autorités politiques, syndicats et organisations professionnelles du Sud et du Nord de la Méditerranée  pour promouvoir la création de programmes « Erasmus » et « Leonardo da Vinci » euro-méditerranéens.

« Les acteurs de la société civile réunis le 10 janvier ont apporté leur expertise, leur vision, leurs solutions et surtout démontré leur volonté, après le Printemps arabe, de faire un grand pas en avant dans le développement de la mobilité des étudiants et des apprentis de la Méditerranée« , se réjouissent les deux eurodéputés.

Promouvoir le partage des savoirs et des idées, renforcer les liens culturels et humains et la compréhension mutuelle entre les deux rives de la Méditerranée, contribuer à lutter contre le chômage endémique des jeunes, cette plaie qui affecte le Nord comme le Sud de la région : voilà ce à quoi peuvent contribuer ces programmes.

« La mobilité des hommes, et en particulier des jeunes, permet aussi de lutter contre les tendances à la fermeture et au repli identitaire observé dans certains pays des deux rives de la Méditerranée – la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers, en France, en constituant une triste illustration », ajoute Vincent Peillon.

« Nous attendons à présent de la Commission européenne et des Etats membres de l’UE qu’ils soient à la hauteur des enjeux, car l’Union européenne doit permettre aux jeunes du Sud et du Nord de la Méditerranée de construire ensemble leur avenir économique, culturel et social« , estiment Vincent Peillon et Françoise Castex.

 

Il n’y a pas qu’une seule politique possible

Vincent Peillon était ce jeudi l’invité de 20’12, l’émission politique de lexpress.fr et slate.fr. Cliquez ci-dessous pour en retrouver l’intégralité en vidéo.

« Il faut politiser l’Europe »

Interview de Vincent Peillon pour la Revue de l’Union européenne, par Florence Chaltiel.

Quelle différence faites-vous entre la fonction de député européen et celle de député national ?

Députés européens et nationaux remplissent les mêmes rôles, qui sont ceux de tout parlementaire : voter le budget, légiférer et contrôler le pouvoir exécutif. Le Parlement européen et l’Assemblée nationale présentent cependant des différences notables, particulièrement du point de vue de leur culture parlementaire ; différences qui sont essentiellement liées aux natures très dissemblables des régimes politiques – l’Union européenne d’une part, la République française de l’autre – dans lesquels ils s’inscrivent. Le fonctionnement de l’Assemblée nationale, élue au scrutin majoritaire, est relativement binaire : la majorité d’un côté, qui décide de tout ; l’opposition de l’autre, qui peut s’exprimer mais finalement réduite à l’impuissance. Les députés européens, eux, sont élus au scrutin proportionnel : aucun groupe politique ne détient donc la majorité à lui seul. De plus, des clivages « nationaux » se superposent aux clivages politiques, ce qui rend les groupes beaucoup moins homogènes et disciplinés qu’en France. Pour dégager une majorité, des alliances sont donc nécessaires – qui sont d’ailleurs changeantes selon les votes – et doivent être construites par la recherche de compromis rassembleurs. Car il ne faut pas oublier que le Parlement européen n’est pas seul législateur : partageant ce pouvoir avec le Conseil, il doit savoir surmonter ses oppositions internes pour se montrer, autant que possible, uni face aux Etats. Pour le député en charge d’un texte, l’élaboration de ces compromis constitue une bonne part de son travail. On peut également relever que les parlementaires européens, malgré le – ou peut-être à cause du ! – nombre relativement limité de domaines dans lesquels ils possèdent un véritable pouvoir, jouent beaucoup plus leur rôle de législateurs que leurs collègues français, qui se concentrent essentiellement sur leur rôle de contrôle du pouvoir exécutif. Les textes de loi français sont écrits dans les cabinets ministériels ; le Parlement européen, lui, peut réécrire entièrement une proposition de la Commission !

On pourrait citer d’autres différences, plus anecdotiques : par exemple, l’inutilité de tout talent oratoire au Parlement européen du fait de la traduction en plusieurs langues, ou encore une ambiance de travail beaucoup plus détendue qu’au Palais Bourbon, où continuent de régner des mœurs quelque peu surannées.

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« La renégociation d’un traité ajouterait du chaos au chaos »

Invité de « La Matinale » de Canal+, Vincent Peillon a mis en garde Nicolas Sarkozy contre l’inutilité et les dangers de la négociation d’un nouveau traité européen. Un tel processus prendrait des mois, nous engagerait pour des décennies et comporte un risque important de régression démocratique, souligne-t-il. La crise exige, à l’inverse, des réponses immédiates et qui ne nécessitent pas de modifier les traités actuels : l’émission d’euro-obligations, une taxe sur les transactions financières, le renforcement du Fonds Européen de Stabilité Financière, un rôle accru de la BCE et une initiative européenne de croissance (à partir de 25’20 min) :

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La Matinale du 02/12 – Part. 2 Mokobé jette un oeil sur la campagne

« Sarkozy est le candidat de la résignation »

Les Inrocks – En Europe, à part en France, plus aucune force politique majeure ne se réclame du “socialisme”. Vincent Peillon, chargé de l’Education auprès de François Hollande, explore les voies étroites de la social-démocratie d’aujourd’hui.

On a l’impression que la crise ne sert pas les idées social-démocrates. Y a-t-il une crise de la social-démocratie ?

Vincent Peillon - Sans doute. La droite gouverne l’Europe, la Commission, le Conseil, le Parlement, et la gauche a presque disparu : elle ne gouverne directement que le Danemark et Chypre ! Mais le paradoxe, c’est que ce sont les idées de la social-démocratie qui se discutent actuellement. L’harmonisation fiscale, la régulation financière internationale, le gouvernement économique européen, tout cela figure dans les textes socialistes depuis des années ! Quant aux politiques publiques nationales – redistribution, contrat, investissement dans la petite enfance, développement durable -, c’est pareil. Je ne vois donc pas un recul théorique des positions de la social-démocratie. L’élection de 2012 en France doit être le premier signe d’une reconquête progressiste, un printemps européen après les printemps arabes !

Comment ?

D’abord, en tirant les leçons du passé. La social-démocratie s’est égarée durant les années 90 dans le social-libéralisme. Sur des sujets majeurs comme la régulation économique internationale, il n’y a pas eu la volonté d’affrontement nécessaire. Idem pour l’Europe ou le contrat social : génuflexion devant le marché, associé aux droits de l’homme et à une vague équité. La social-démocratie s’est pour une part abandonnée elle-même. Ensuite, en menant plus durement la bataille idéologique contre la droite, ultralibérale d’abord, nationale-populiste maintenant, conduisant toujours au désastre mais fière d’elle, arrogante. Sarkozy a échoué sur tout : la croissance, la dette, le logement, le commerce extérieur, l’emploi, l’école, et même la sécurité, mais cela ne l’embarrasse pas, il va faire à nouveau la leçon à tout le monde. La télécratie sert les populismes, et Sarkozy s’y complaît. Nous devons nous y adapter pour conduire la confrontation.

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L’Europe a inventé la démocratie, reste à penser la démocratie européenne

La démocratie est un bien précieux ; c’est aussi un bien fragile. Le continent européen devrait pouvoir s’en souvenir lui qui, pour l’avoir inventée à Athènes il y a plus de deux mille ans, a connu au long du XXe siècle les tragédies de la Grande Guerre, des totalitarismes, l’Holocauste, le goulag, mais aussi Franco en Espagne, Salazar au Portugal, les colonels en Grèce. Certains ont pu croire qu’il suffirait, pour que la démocratie triomphât définitivement de ses ennemis, d’exercer le vote, et de l’exercer de la manière la plus directe qui soit.

On sait, depuis Napoléon «le Petit», qu’il s’agissait là d’une facilité de pensée. Le suffrage universel, pour être la condition nécessaire de la démocratie, n’en est pas la condition suffisante et peut même se faire «instrument d’oppression» comme disait autrefois le philosophe républicain Etienne Vacherot. Non, la démocratie requiert bien plus : un espace public, un esprit public, des valeurs, une organisation, une séparation et un contrôle des pouvoirs, une éducation, des Lumières, des solidarités économiques et sociales, une justice.

La crise de l’Europe que nous vivons est une crise économique, mais elle est tout autant et d’abord une crise du politique et de la démocratie. La palinodie du vrai-faux référendum grec aura eu à cet égard valeur de double révélateur : celui de la nécessité d’un retour puissant du politique, mais aussi celui du sentiment troublant de son impossibilité, de son incongruité. Cette ambivalence doit être pensée pour être dépassée. La vérité est que les lignes de front du combat démocratique se sont aujourd’hui déplacées, et que, pour beaucoup d’entre eux, les soldats républicains ne tirent plus dans la bonne direction.

Nous n’avons rien à gagner à exiger une succession de référendums nationaux, organisés au gré des nécessités et en ordre dispersé. Un blanc-seing au monarque absolu européen ou un saut à pieds joints dans le vide du repli nationaliste : quel choix pour le citoyen ! Non, nous ne voulons pas de couperets mais un exercice, commun, de plein droit, serein et continu, du choix et de la démocratie, cette fois au niveau européen. Il n’y a pas de crises en Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal – on ne saurait d’ailleurs plus où arrêter l’énumération – car il n’y a qu’une crise, et elle est en Europe. C’est l’Europe tout entière qui se plie aux diktats des marchés et des agences de notation, qui pâtit de son impuissance et de son défaut de solidarité. C’est l’Europe tout entière qui est humiliée sur la scène internationale. On s’inquiète de transferts de souveraineté vers l’Europe – mais c’est l’Europe tout entière qui perd doucement sa souveraineté, et avec elle chacune de ses nations.

L’urgence, c’est de redonner à la souveraineté populaire le pilotage du projet européen. Car c’est ensemble, que les Européens pourront réduire le poids de leurs dettes, se libérer des marchés et préparer l’avenir en investissant. La sortie de crise supposera des décisions au niveau européen qui ne pourront être prises sans une légitimité démocratique totale, sauf bien sûr à nous conduire au désastre. Après avoir longtemps combattu cette proposition des socialistes et de Jacques Delors, tout le monde réclame aujourd’hui le gouvernement économique européen. Soit. Mais le penser sans une intégration politique et démocratique plus forte, et vécue comme telle par les citoyens, serait une nouvelle folie et une nouvelle impasse.

Nous devons assumer une nouvelle étape de la construction européenne. Pour faire la République en France, il a fallu «faire» des républicains. La Révolution dans les intérêts ne pouvait y suffire. Cette leçon reste valable. Nous devons construire une Europe plus intégrée sur le plan économique. Cela ne pourra se faire qu’en construisant une Europe plus démocratique sur le plan politique, une véritable souveraineté populaire européenne. Pour faire l’Europe, faisons des Européens.

Vincent Peillon

(Libération du 14/11/2011)

François Hollande n’a qu’un cap : l’intérêt général du pays

Vincent Peillon était ce mardi l’invité de ‘Preuves par 3′ sur Public Sénat. Retrouvez ci-dessous en vidéo les 3 parties de l’émission.

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