« Nous avons la responsabilité de refonder l’école »
La cérémonie de passation des pouvoirs entre Luc Chatel et Vincent Peillon s’est déroulée ce matin, au Ministère de l’Éducation nationale.
La cérémonie de passation des pouvoirs entre Luc Chatel et Vincent Peillon s’est déroulée ce matin, au Ministère de l’Éducation nationale.
Vincent Peillon était ce matin l’invité de Bruno Duvic sur France Inter. Il a affirmé sa volonté de restaurer la confiance avec tous les acteurs de l’éducation et de les rassembler autour de la refondation de l’école. Il a par ailleurs rappelé les premières mesures qui seront décidées – abrogation du décret relatif aux modalités d’évaluation des personnels enseignants, suspension des remontées nationales des évaluations des élèves de CM2 – et les nombreux chantiers qui seront très rapidement ouverts : recrutement de 60 000 personnels, réforme des rythmes scolaires, revalorisation des filières professionnelles et technologiques, rétablissement de la formation des enseignants… « Dès aujourd’hui, les membres du gouvernement sont à leur tâche », a expliqué le Ministre de l’Éducation nationale.
Vincent Peillon répondait aux questions d’Anne-Sophie Lapix sur le plateau de Dimanche +. Il explique en particulier les mesures qui seront rapidement prises par le gouvernement pour préparer la prochaine rentrée scolaire.
Vincent Peillon répond aux questions de Véronique Soulé pour Libération.
Libération – Vincent Peillon, conseiller éducation, enseignement supérieur et jeunesse de François Hollande, et possible ministre, explique comment le nouveau président compte traduire dans les faits la priorité donnée aux jeunes.
François Hollande a dit, le 6 mai à la Bastille : « Je suis le président de la jeunesse de France. » Que veut dire cette formule ?
Les jeunes veulent pouvoir travailler, se loger, s’insérer. Prendre tout simplement la place qui leur revient dans la société. Ils veulent les mêmes droits et les mêmes chances que leurs aînés. Ce n’est pas une question de charité ni d’assistanat. C’est une question de justice.
Les jeunes se plaignent de ne pas avoir de place sur la scène politique. Que leur dites-vous ?
La réponse du président de la République est la réforme tant attendue sur le non-cumul des mandats. Elle sera adoptée dès la première année. Pour l’engagement des jeunes, le service civique et des aides aux associations seront développés. L’introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives contribuera aussi au rajeunissement de la représentation politique.
Vous pensez que François Hollande peut ainsi les remobiliser ?
Je crois qu’il les a touchés. Il n’a pas fait une campagne démagogique. Avec ces mesures, cette volonté, les jeunes peuvent commencer à retrouver une espérance. Nous devons la bâtir avec eux. Nous avons aussi besoin de leur engagement.
Quelles seront les mesures phares du Président pour la jeunesse ?
François Hollande a donné la priorité à l’école et à l’emploi. L’école de la République a été maltraitée ces dernières années. Quelque 150 000 jeunes sortent aujourd’hui sans diplôme ni qualification. L’enjeu est de les faire réussir tous. C’est pourquoi le Président s’est engagé à refonder l’école : création de 60 000 postes, priorité au primaire et aux zones en difficulté, création des Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation, réforme des rythmes scolaires…
Il faudra aussi favoriser sans attendre l’insertion professionnelle des jeunes. Les 150 000 emplois d’avenir promis par François Hollande iront en priorité aux publics les plus en difficulté. Pour les quartiers, une filiale de la Banque publique d’investissement sera créée, afin d’accompagner les initiatives des jeunes qui ont envie d’entreprendre. Les entreprises postulant aux marchés publics devront embaucher des jeunes demandeurs d’emploi issus de ces quartiers-là. Enfin, il y a les «contrats de génération» [l'exonération de charges sociales pour une entreprise qui embauche un jeune et qui garde un senior, ndlr].
François Hollande s’est engagé à ce qu’aucun jeune de 16 à 18 ans ne se retrouve sans solution. Cela passe par une réforme de l’orientation et de la formation professionnelle. Toute personne qui est sortie du système aura notamment droit à 800 heures de formation. Il est enfin prévu une montée en puissance du service civique, qui concernera jusqu’à 100 000 jeunes [contre 30 000 cette année].
Lire la suite de ‘« Pour chaque loi, il y aura une étude évaluant son impact sur les jeunes »’
Vincent Peillon détaille sur RTL les premières mesures d’urgence qui seront prises par le prochain gouvernement pour l’école : recrutement de 1000 professeurs des écoles et de 2000 personnels (assistants d’éducation, auxiliaires de vie scolaire…) supplémentaires, abrogation du décret sur l’évaluation des enseignants et suspension des remontées nationales des résultats des évaluations des élèves de CM2.
Vous pouvez écouter son intervention sur le site de RTL.
Interrogé sur France Inter sur la publication du décret relatif à l’évaluation des enseignants, Vincent Peillon a déploré « une méthode tout à fait regrettable » et « un mauvais coup porté au dialogue social« . Il a confirmé que ce décret serait abrogé par le prochain gouvernement dès sa nomination et que la réflexion sur l’évaluation des enseignants serait relancée (voir communiqué de presse ci-dessous).
Ecoutez l’intervention de Vincent Peillon en cliquant ici.
Communiqué de presse de Vincent Peillon, Conseiller éducation, enseignement supérieur, recherche et jeunesse pour François Hollande
Le texte portant sur l’appréciation de la valeur professionnelle des enseignants a été publié au Journal officiel du 8 mai 2012, après avoir été unanimement rejeté par les organisations syndicales présentes au Comité technique ministériel du 15 mars 2012.
La gestion de ce dossier important a constitué, de la part du gouvernement sortant, un modèle de mépris du dialogue social dont il fut coutumier, mais la date retenue pour la publication constitue aussi un passage en force du point du vue politique peu compatible avec les usages républicains et tout à fait inacceptable.
Le jeu de dupe, qui a consisté pour l’équipe de Luc Chatel à laisser croire, durant l’automne 2011, que les discussions au fond de ce dossier majeur se poursuivraient et porteraient à la fois sur la reconnaissance de la valeur de l’investissement des enseignants du service public d’éducation, ainsi que sur l’effet de cet investissement sur la qualité des enseignements dispensés à nos élèves, a constitué une caricature inacceptable de dialogue social. Aucun échange constructif n’a en réalité eu lieu.
Les atermoiements du gouvernement sortant ont de plus provoqué un doute sérieux dans l’encadrement des écoles, des collèges et des lycées sur les rôles effectivement dévolus, dans ce dispositif, aux corps d’inspection et de direction dans la pseudo-procédure d’évaluation proposée. Les nombreux amendements du ministre proposés dans une totale improvisation lors du Comité technique du 15 mars ont de plus montré le degré d’impréparation du dossier.
C’est pourquoi, dès la prise de fonction de François Hollande et la mise en place du nouveau gouvernement, ce texte sera abrogé.