Archives du mois de avril 2008
25 avril 2008


Vincent Peillon était ce matin l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC
>>> Ecouter l’extrait audio
>>> Voir la Vidéo
Voici le compte-rendu disponible sur le site de RMC.
Jean-Jacques Bourdin : Est-ce que les mesures sont bonnes ou pas ?
Vincent Peillon : Pour l’instant, les orientations du
Gouvernement et du Président de la République n’ont pas porté leurs fruits, ça
c’est la première chose. Dans le discours d’hier, il a beaucoup rappelé les
thèmes de sa campagne présidentielle, et il a rappelé une direction politique
avec des éléments qui sont très idéologiques sur le « travailler
plus » par exemple, mais pour l’instant les résultats ne sont pas là. Beaucoup
de gens s’attendaient, en dehors des questions de comportement, à ce qu’il
puisse y avoir, dans son intervention d’hier soir, une inflexion de la
politique ; ça n’est pas le choix qu’il a fait, il a fait un double choix de
rappeler sa cohérence en disant que c’est la bonne direction, et deuxièmement
en demandant de lui laisser du temps.
Jean-Jacques
Bourdin : Revenons sur l’un des sujets abordés par le Président de la
République hier, l’intéressement : faut-il l’imposer à toutes les entreprises
de moins de 50 salariés ?
Vincent
Peillon : C‘est la question en fait du pouvoir d’achat, qui
était la plus attendue hier et sur laquelle il y a un malaise, parce que c’est
très problématique. Là dessus, pour l’instant, les mesures qui ont été prises
n’ont pas produit leurs effets. C’est la fameuse affaire des heures
supplémentaires, on nous dit que ça devrait les produire, que ça commence à le
faire, mais les chiffres sont très contrastés et l’idée de l’intéressement et
de la participation c’est un instrument en plus qui a mon avis sera très
insuffisant, pour essayer de redistribuer de l’argent aux salariés. Quand
j’entends le Président de la République nous expliquer qu’il veut le système un
tiers/un tiers/un tiers dans l’investissement, tout ça me parait être quelque
chose de totalement décalé des réalités, ça ne se fait pas comme ça, et c’est
ce qui me gêne. Il y a un problème de gouvernance en réalité, pas un problème
de communication.
Jean-Jacques
Bourdin : Le RSA, Vincent Peillon, qu’en dites-vous ?
Vincent
Peillon : Sur le RSA, qui est une bonne idée parce qu’on a ce
problème de la remise au travail donc de l’intérêt de la reprise de travail par
les gens qui en sont exclus et qui sont le mécanisme d’assistance, c’est
expérimenté dans plusieurs départements, la question est aujourd’hui celle de
son extension. Vous avez d’abord une question de coût, de périmètre du
dispositif et donc derrière, une fois que vous avez ces deux éléments, vous
avez la question du financement. Ce que j’ai entendu hier, c’est gravissime, et
j’ai été étonné que les réactions ne soient pas violentes. Dire « je vais
financer le retour au travail des gens qui sont dans l’assistance en diminuant
les revenus de ceux qui sont dans les bas salaires » c’est n’importe quoi.
D’une idée généreuse, on fait à la fois un danger social et un échec
économique. Quand on est à ce point de contradiction entre les discours et les
décisions qu’on prend, il y a un problème et je pense que c’est un problème
lourd qui est au cœur du moment. Je ne pense pas que les gens de droite soient
dangereux, je pense qu’on a des divergences sur un certain nombre de choses
mais qu’on partage un consensus républicain. J’ai quand même vécu sous beaucoup
de Gouvernements de Droite, et là j’ai une inquiétude pour le pays, et quand
j’entends ce numéro invraisemblable et que je vois le traitement qu’on en fait
et une seule mesure qui est profondément dangereuse.
24 avril 2008
Depuis quelques années, de
nombreux travaux sont en train de provoquer un renouvellement en profondeur des
études républicaines en France. Derrière la vulgate d’une République soi-disant
positiviste, celle d’un Littré, d’un Ferry ou d’un Gambetta, se révèle une
République plus religieuse, à tout le moins plus métaphysique, plus spirituelle
et plus morale.
Après l’occultation due à
l’opposition souvent caricaturale du libéralisme et du communisme, on découvre
aujourd’hui une République qui a cherché à inventer sa doctrine propre de
conciliation de l’individu et de l’État, à travers le double projet d’une
République scolaire et d’une République sociale. C’est à partir de ce
renouvellement historiographique que de nouvelles filiations, de nouvelles
problématiques, de nouveaux champs d’étude émergent. Et ce sont autant de
rappropriations d’une part essentielle — mais jusqu’alors effacée —
de notre histoire politique qui sont ainsi réalisées et dans lesquelles les
interrogations contemporaines sur la laïcité, la place des religions dans les
démocraties ou l’esprit public, mais aussi sur les solidarités, le droit au
travail, les droits de l’homme, les services publics ou la propriété sociale
peuvent trouver à s’alimenter, s’enrichir, s’éclairer.
De nombreuses œuvres, voir
de nombreux auteurs, certains ignorés, d’autres travestis, doivent reprendre
pieds dans nos bibliothèques et dans nos pensées. C’est l’ambition de la
« Bibliothèque républicaine » d’essayer de restituer à un public plus
large que celui des seuls spécialistes ces œuvres et ces auteurs, en
accompagnant chaque ouvrage d’une introduction rédigée par un des meilleurs
spécialistes actuels des études républicaines.
>>> Cliquez sur les ouvrages pour en savoir + :
Léon BOURGEOIS
Solidarité
L’idée de solidarité et ses conséquences sociales
Présentation de
Marie-Claude BLAIS
Célestin BOUGLE
Les idées égalitaires
Présentation de
Serge AUDIER
Ferdinand BUISSON
La Foi laïque
Extraits de discours et d’écrits
Présentation de
Mireille GUEISSAZ
Alfred FOUILLEE
La propriété sociale et la démocratie
Présentation de
Jean-Fabien SPITZ
Anthologie de Pierre LEROUX
L’inventeur du socialisme
Présentation de
Bruno VIARD
Benoît MALON
La Morale sociale
Présentation de
Philippe CHANIAL
Jean JAURES
Pour la Laïque
& autres textes
Présentation de
Laurence LOEFFEL
21 avril 2008
L’impopularité du président de la République est grande, son style heurte, mais aussi, on le voit dans les enquêtes, certaines de ses réformes comme celle des régimes spéciaux…
Vincent Peillon : – C’est incompréhensible, d’autant plus que nous-mêmes avons dit que cette réforme devait être faite. Les uns et les autres, nous savions qu’il fallait une équité en termes de retraite. Sur la réforme du contrat de travail, l’accord a été négocié par les syndicats. C’est une réussite de la négociation. C’est une bonne chose.
La réforme de l’éducation suscite également de nombreuses résistances.
- On ne peut pas en rester à une bagarre sur les postes. Nous n’avons jamais pensé qu’il ne fallait pas réformer en profondeur l’éducation nationale, qui reproduit les inégalités de façon massive et laisse un certain nombre de jeunes sans qualification. Mais il faut faire une réforme qualitative. Il n’est pas bon de supprimer 10 000 postes, mais il ne faut pas non plus considérer que c’est uniquement en disant «nous voulons garder les postes tels qu’ils sont» que nous avancerons.
Ce pays a besoin de réformes. Le problème de Xavier Darcos est qu’il n’a pas le projet suffisant pour emmener les uns et les autres vers un projet scolaire. C’est aussi la question que doivent se poser les socialistes. Il faudra faire les réformes dans un budget contraint. Il faudra savoir être courageux.
La réduction des déficits passe aussi par une réforme de l’Etat. La gauche ferait-elle différemment sur la réduction du nombre de fonctionnaires ?
- Si vous voulez faire la réforme, il faut la justifier. Il est ainsi clair que le métier d’enseignant doit changer. Autant dans l’information que dans la progression de carrière, dans le nombre d’heures fournies et les tâches demandées à l’enseignant. Cette négociation, nous l’avions engagée avant la présidentielle avec les enseignants. A partir de là, vous pouvez discuter de tout. Si vous voulez mieux payer comme dans les pays nordiques, alors vous pouvez avoir un certain nombre d’exigences, de formation continue, de présence au côté des élèves, de diversité des tâches à accomplir. En contrepartie, il est possible de diminuer le nombre de fonctionnaires dans l’éducation nationale. Mais là, les manifestations viennent de Seine-Saint-Denis, un département pauvre parce qu’on a déshabillé de façon arithmétique les lycées, sans regarder les besoins.
Le PS, dans sa nouvelle déclaration de principes, souligne pour la première fois la nécessité de créer un secteur privé dynamique. Des tabous tombent à gauche ?
- Nous étions paralysés intellectuellement, souvent d’ailleurs dans l’ignorance de nos propres traditions, entre Tocqueville et Marx, entre l’individu et l’Etat, entre la liberté et l’égalité. Alors que toute la tradition républicaine visait à concilier les deux.
Enfin, nous avons une déclaration de principes qui renoue avec la grande pensée de Jaurès, la grande pensée républicaine de 1848 qui dit que ce sont de fausses oppositions. (…) Pour distribuer de la richesse, il faut d’abord en produire un peu. Et donc la question de l’initiative, de la capacité qui est la nôtre à jouer notre rôle dans la compétitivité internationale est déterminante surtout lorsque l’on veut, en plus, être généreux.
Propos recueillis par Raphaëlle Bacqué, Thomas Hugues et Stéphane Paoli (lemonde.fr)
Cliquez sur les images pour lire les vidéos.
Le Franc-Parler (Partie 3)
15 avril 2008

Libération : Annonce
d’une politique de rigueur, couac sur la carte famille nombreuse, possible
désengagement de l’État sur les lunettes… Jusqu’où pensez-vous que le
gouvernement est-il prêt à aller ?
Vincent Peillon : Il y a déjà un
problème de gouvernance depuis le début. On a l’impression que les choses sont
improvisées. Tout ces annonces, on ne sait pas si ce sont vraiment des
intentions du gouvernement, et si ça l’est, c’est démenti. Tout cela n’est pas
sérieusement traité. Etant donné nos perspectives de croissance, c’est
inquiétant. Il ne faut pas inquiéter les Français ni ceux qui investissent en
économie. Sur le fond, chaque fois qu’il s’agit d’évoquer les économies – et
pourquoi pas en faire – les intentions du gouvernement visent directement les
personnes qui ont le plus besoin d’investissement, de soutien. Ce sont les plus
en difficulté qui supportent le poids des réformes. Les réformes ne peuvent
passer que si elles paraissent justes.
Peut-on
parler de casse de l’Etat-providence ?
Incontestablement,
il y a l’idée que les difficultés de la France sont liées aux mécanismes de
solidarité. Ce sont sur ces mécanismes qu’on veut agir pour retrouver de la
compétitivité. C’est une doctrine libérale extrémiste qui est démentie par les
faits. Les pays qui font de la croissance sont capables de concilier les
sécurités collectives et individuelles.
»Il y a une
réforme nécessaire de l’Etat-providence. Ça ne fonctionne plus comme ça devrait
fonctionner. Il n’atteint plus ses objectifs en termes de sécurité et de
solidarité. Mais les réformes du gouvernement ne vont pas dans le bon sens. Il
faut un accroissement de l’investissement public dans ce qui est de l’ordre de
la prévention. Il faut agir sur les mécanismes à l’origine des inégalités, et
non uniquement sur la réparation. Sur le plan scolaire, il faut investir sur la
petite enfance. Il faut simplifier les mécanismes administratifs.
Sur le
mouvement lycéen, on a l’impression d’avoir assez peu entendu le PS…
Si, on a
entendu le PS, notamment quand a été voté budgétairement la réforme. Aujourd’hui,
on l’entend encore, mais il y a aussi les élèves, les professeurs, les élus
locaux. Dans cette réforme, les choses n’ont pas été négociées. On ne comprend
pas à quoi cela sert. Et là où se font les suppressions, ce sont dans les
endroits où on a le plus de besoin. C’est souvent en contradiction avec le plan
banlieue. Après, il est vrai qu’on pourrait faire des réformes dans l’Education
nationale. Mais il faut montrer qu’elles sont utiles et efficaces, les inscrire
dans un projet, que ce ne soit pas simplement une lecture idéologique. Actuellement,
il n’y a aucun discours sur l’école, juste un discours de comptable, sur
l’économie à faire.
Le système
de sanction pour les chômeurs qui refusent deux emplois «valables» est-il juste
?
Le problème, ce
n’est pas de sanctionner les chômeurs, mais de les accompagner, de la former. On
se rend compte que le problème est d’abord de créer un service public de
l’emploi efficace. Ce n’est pas une bonne façon d’entrer dans le sujet. Il faut
un regroupement aussi des l’Unedic et des Assedic, mais avec les moyens, ce qui
n’est pas le cas actuellement.
Mais doit-on
sanctionner les chômeurs ?
Il n’est pas
scandaleux de dire à des gens qu’ils doivent accepter des emplois, mais il faut
voir quelle est, derrière, la définition d’un emploi «valable». Là, ce sont les
questions de mobilité qui entrent en jeu. Si on vous appelle pour un poste à
temps partiel, avec un trajet lointain à faire en mobylette, ça pose problème.
Nicolas
Sarkozy bénéficie-t-il d’un certain état de délabrement de la gauche, notamment
au PS, en dépit des victoires aux municipales ?
Je ne crois pas
qu’il y ait un état de délabrement de la gauche. Après, la conséquence que
Nicolas Sarkozy tire des municipales, c’est de droitiser encore sa politique. Le
sentiment de la droite est que son électorat ne s’est pas mobilisé. Elle veut
donc créer l’affrontement, ce qui lui est utile. Cela plait aussi à ceux de
droite qui pensent que l’ouverture ne marche pas.
Les
batailles de personnes au parti socialiste ne laissent-elles pas aussi le champ
libre à Nicolas Sarkozy ?
Le PS va devoir
se mettre en ordre de bataille au niveau national. On doit être capable d’avoir
un vote de projet. Dans le congrès, il faut définir une orientation politique,
une stratégie d’alliance et un leadership. Les trois vont de pair. Pour
trancher les débats, il faut une autorité. Il faudra réaliser ces trois
objectifs lors du congrès.
Pierre Moscovici
prépare avec Arnaud Montebourg une contribution en vue du congrès, et affirme
refuser un courant «anti-Ségolène». En tant que soutien de Ségolène Royal, le
croyez-vous ?
Toute attitude
qui consiste à dire il faut un projet est bonne. On ne construit rien de solide
sur des rejets. Les options doivent être des options sur le fond. Moi, je pense
que le PS a besoin d’un leadership fort. Il faut une personnalité capable de
créer une dynamique, c’est pour cela que je soutiens Ségolène Royal.
Et comment
voyez-vous le rapprochement d’Arnaud Montebourg, avec qui vous dirigiez le NPS
au sein du Parti socialiste, avec Pierre Moscovici ?
Il y a peu de
temps, il était avec Ségolène Royal, après avec Bartolone et Cambabelis si j’ai
bien compris, maintenant avec Moscovici, et il déclare que s’il doit choisir,
ce sera Ségolène Royal. Après une période confuse, les choses évoluent dans le
bon sens.
PROPOS RECUEILLIS PAR FRANÇOIS VIGNAL (http:www.liberation.fr)
10 avril 2008

Moins d’une semaine après avoir lancé une
"consultation participative" auprès des adhérents du PS, Ségolène
Royal ouvre aujourd’hui un nouveau site internet dont le nom est déjà tout un
programme : pouruncongresutileetserein.com. L’ex-candidate à la présidentielle
fait d’une pierre deux coups : elle lance les débats du congrès prévu à
l’automne tout en battant le rappel de ceux qui s’étaient mobilisés pour elle
lors de la primaire organisée au sein du PS en 2006. Vincent Peillon, son bras
droit, s’explique :
Le Parisien : À qui est destiné ce nouveau site Internet ?
Vincent Peillon : D’abord à l’ensemble des
militants qui veulent entrer dans le débat. Nous voulons éviter que les contributions
soient rédigées par quelques-uns au sommet. Nous souhaitons aussi que les
adhérents du PS puissent échanger avec des militants syndicaux ou associatifs
ou avec des intellectuels afin que ce grand débat politique soit aussi en lien
avec la société. Il faut sortir de l’hypocrisie qui consiste à dire que le
débat n’a pas commencé : tous les jours, on apprend qu’un tel a déjeuné avec un
tel ou que des rapprochements sont en cours. Si on n’avait pas lancé cette
initiative, les contributions n’auraient donc pas été écrites ensemble, elles
seraient tombées du haut et il n’y aurait pas eu débat.
N’y
a-t-il pas un risque de confusion avec le site Désirs d’avenir ?
Non. Les personnalités qui sont à l’origine de
cette initiative, comme François Rebsamen, Michel Sapin, le premier fédéral du
Nord, Gilles Pargnaud, ou moi-même, ne sont pas à Désirs d’avenir. C’est une
démarche interne au parti et ouverte à tous les militants et au-delà des
militants.
Est-ce qu’un congrès utile doit être forcément serein ?
Oui. Car un congrès
serein ne veut pas dire qu’on ne tranche pas les débats. Nous ne voulons pas de
l’hystérie des congrès qui consiste à dire des choses désagréables sur les
camarades dès qu’ils s’expriment, à rechercher des combinaisons savantes, à
faire sa propre autopromotion dans les médias. On utilise en permanence le
souvenir du congrès de Rennes, en 1990, pour éviter tous les débats. Notre
principal souci, et peut-être notre crainte, c’est que les débats n’aient pas
lieu ou qu’il y ait des faux débats. Ségolène Royal a la conviction que la
seule capacité de rassembler ce parti, ce sera sur le projet et sur les idées.
Laurent Fabius estime qu’il vaut mieux s’intéresser aux
réponses des dirigeants plutôt qu’à leurs interrogations…
Si on pose toujours les mêmes questions, ou si on
apporte les réponses avant même que les questions soient posées, on donne une
formidable impression de répétition et de lassitude par rapport à la vie
politique. Mais quand on apporte des réponses, il faut essayer de ne pas
changer d’avis tous les trois ans.
Avez-vous une préférence pour le choix de la ville
qui accueillera le congrès ?
Que ce soient les questions de lieu, de calendrier,
de courants, tout cela nous semble secondaire. Ces questions ont occupé
tellement de place ces dernières semaines que nous voulons maintenant que le
débat ait lieu sur les questions de fond.
Propos recueillis par Philippe MARTINAT