Archives du mois de novembre 2008

Discours devant le Congrès de Reims

    Vincent Peillon s’est par deux fois adressé aux délégués et aux militants présents au Congrès du Parti Socialiste qui se tenait ce week-end à Reims. Voici les vidéos de ses interventions.

> Discours de dimanche matin
>  Discours de samedi après-midi

« Nous retrouver sur une ligne claire »

    Vincent Peillon était ce matin l’invité d’Olivier Galzi dans l’émission "les 4 Vérités" (France 2).

« L’immensité de la tâche qui attend les socialistes » (Rispostes)

    Vincent Peillon était hier l’invité de l’émission "Ripostes" présentée par Serge Moati (France 5).

« Il faut éviter les querelles de personnes »

Le_parisien
Vincent Peillon a répondu aujourd’hui aux questions du quotidien Le Parisien.

"Le Parisien" : Le fait que votre motion soit en tête permet-il à Ségolène Royal de reparler de sa candidature au poste de premier secrétaire ?

Vincent Peillon : Depuis le début, nous disons que, pour donner de la force à ce congrès, il faut éviter les querelles de personnes. Ceux qui ont privilégié ces questions de chefferie n’ont pas été gagnants. Aujourd’hui, nous sommes très conscients, et Ségolène Royal la première, de notre responsabilité. Comme l’avait dit François Hollande, c’est autour de la motion arrivée en tête que doit s’opérer le rassemblement.
C’est ce que nous faisons maintenant : rassembler tous ceux qui, dans le respect du vote des militants, veulent construire une majorité dont l’orientation, sur le fond, les pratiques et les équipes, sera le changement. La question de la personne qui doit conduire ce changement n’est pas un préalable, on n’a pas changé d’avis là-dessus.

Vous ne craignez pas qu’un front « tout sauf Ségolène » vous empêche de construire cette majorité ?

Je ne crois pas. Et ce n’est pas du tout l’état d’esprit des militants, même chez ceux qui n’ont pas voté pour notre motion. On va continuer sans paranoïa et sans prêter attention à quelques-uns qui peuvent être un peu dépités et bougons.

Vous pensez que cette motion a été choisie pour son équipe ou par rejet de la direction sortante ?

Notre score et celui de Benoît Hamon montrent que ceux qui ont porté en avant la volonté de renouvellement ont eu des résultats meilleurs que ceux qui ont donné l’impression de vouloir poursuivre de la même façon. Manifestement, la motion de Bertrand Delanoë, François Hollande, Lionel Jospin, Michel Rocard n’a pas incarné le renouveau que demandent les militants. On n’a aucune agressivité à l’égard de personne. L’essentiel maintenant, c’est que tout le monde se remette au travail et tire dans la même direction.

Le rassemblement que vous souhaitez peut-il se construire avant l’ouverture du congrès de Reims ?

Il le faut, c’est notre responsabilité vis-à-vis des socialistes, mais aussi de tous les Français. Ces jeux très compliqués qui sont les nôtres ne doivent pas durer trop longtemps, surtout quand le suffrage s’est exprimé.

Vous ne pensez pas que ceux qui vous reprochent d’évoquer des alliances avec le centre refuseront un rassemblement autour de vous ?

C’est une hypocrisie car nous sommes tous sur la même position. Michel Rocard, soutien de Bertrand Delanoë, avait demandé lors de la présidentielle l’alliance avec le MoDem dès le premier tour. Dans le même camp, Michel Destot a fait une alliance à Grenoble. Martine Aubry, elle, l’a faite au second tour à Lille. Même chez les proches de Benoît Hamon, certains ont fait une ouverture au centre aux municipales. Notre ligne est claire : on veut un grand PS, un parti de masse où viennent les jeunes, les classes populaires. Ensuite, nous voulons le rassemblement de la gauche et enfin, comme cela a toujours été fait, y compris par François Mitterrand, nous voulons rassembler sur nos valeurs et sur notre projet socialiste tous ceux qui veulent battre la droite. Cessons les comportements sectaires à l’intérieur du PS, à l’égard des partenaires de la gauche plurielle, à l’égard de l’extrême gauche, puis à l’égard des démocrates. Nous n’avons pas à distribuer des paires de claques à tout le monde à l’intérieur du PS, ni sur notre gauche, car les mêmes qui rejettent le centre critiquent violemment Besancenot, ni vers les démocrates.

« Se rassembler autour du changement »

    Vincent Peillon était aujourd’hui, suite au vote des militants socialistes qui ont placé la motion de Ségolène Royal en tête, l’invité de
« la Matinale » de Canal +. Voici ci-dessous un résumé de ses propos ainsi que la vidéo de l’entretien.

Aujourd’hui plus que jamais, les Français ont besoin du Parti socialiste et le Parti socialiste a besoin d’être rassemblé. Avant déposer une candidature, que ce soit celle de Ségolène Royal ou de quelqu’un d’autre, il faut tendre la main, aux uns et autres, pour construire une majorité à même de porter cette candidature. Toutefois, c’est bien entendu sur la base des idées qui sont les nôtres – renouvellement du projet, transformation du PS en un parti de masse et renouvellement des équipes – qu’il faudra opérer ce rassemblement, puisque les militants socialistes ont choisi de nous placer en tête.

La discussion devra donc avoir lieu avec tout le monde – sans exclusive et sans faux débats – mais dans le respect le plus strict de ce qu’ont clairement exprimé les militants : la volonté du changement.

Cliquez sur la vidéo puis patientez quelques instants (30s)

         

« Aucun candidat ne peut être une solution » (Libération)

Libe
Vincent Peillon a répondu ce mardi aux questions de David Revault d’Allones pour le quotidien Libération.

"Libération" : Après Martine Aubry, Benoît Hamon et Bertrand Delanoë, c’est Ségolène Royal qui, initialement, devait s’exprimer dans Libération. Vous la remplacez au pied levé. Un signe que vous pourriez être candidat au poste de premier secrétaire ?

Vincent Peillon : Nous avons fait le choix collectif de ne pas transformer ce congrès en querelle de personnes, et Ségolène Royal a fait preuve de responsabilité dans l’intérêt de la gauche. Nous souhaitons mettre en avant une équipe et une orientation, et surtout que l’on ne nous dérobe pas le débat de fond.

Pourriez-vous être le capitaine de cette équipe ?

Les socialistes ne sont pas des grenouilles qui demandent un roi, ou une reine. Aucun candidat ne peut être un préalable ou une solution. Ce qui est essentiel, c’est la construction d’une majorité sur une orientation. Et c’est cette majorité qui choisira celui ou celle qui est le plus à même de conduire les changements nécessaires.

L’irruption de la crise financière n’a-t-elle pas pris de court le PS ?

Il n’est pas très mature d’instrumentaliser la crise dans le congrès, sur le mode : “J’ai dit avant toi que le capitalisme était méchant…” Je conteste d’ailleurs l’idée que cette crise soit absente des motions : les premières lignes de la nôtre portent sur le nouveau Bretton Woods et la lutte contre les paradis fiscaux ! Nous, nous n’avons pas changé.

Nicolas Sarkozy, lui, a changé avec la crise. En se convertissant à la réhabilitation de la puissance publique, il occupe votre terrain…

Nicolas Sarkozy pratique en permanence le grand écart entre les discours et les actes. Il mène une offensive sans précédent contre le pacte républicain et social, attaque les services publics, s’en prend à l’école, augmente les inégalités, pratique le révisionnisme historique, déconstruit le droit social. C’est pour cela que nous devons être en ordre de marche. Quand lui joue sur l’émotionnel, l’immédiateté, la désignation d’ennemis, nous devons faire appel à d’autres ressources : la fraternité, la raison, la cohérence.

La ligne sociale-démocrate est-elle «périmée», comme l’affirme Royal ?

Pour parler comme Obama, rien ne sera plus comme avant. Le socialisme doit tenir compte de la société telle qu’elle est, et non adopter un modèle ancien pour se refonder. Ségolène Royal a raison : nous avons à inventer le socialisme du XXIe siècle.

Sur quelles bases ?

Il s’agit d’abord, dans la continuité de la campagne présidentielle, de définir un nouveau modèle de développement, alliant développement durable, économique et social. Nous ambitionnons aussi une refondation républicaine, qui place l’égalité entre revenus, entre territoires, entre générations, au coeur de nos politiques publiques. Enfin, nous portons l’exigence de démocratie jusqu’au bout, démocratique, mais aussi sociale et locale : c’est la VIe République.

Vous n’êtes pourtant pas les seuls à prôner la rénovation du PS…

Nous, nous proposons une autre conception. Celle d’un parti de masse, engagé dans les luttes, ouvert sur la société. Nous ne croyons pas qu’il soit heureux d’avoir perdu près de la moitié de nos adhérents en un an, ni judicieux de faire siffler les nouveaux adhérents. Nous, nous portons avec davantage de radicalité, de constance et donc de crédibilité, l’exigence d’un changement profond.

Le PS est-il sensible à ces propositions ?

Je constate que sur beaucoup de sujets, ce qui était raillé hier est rallié aujourd’hui. Les militants ne veulent ni du statu quo, ni d’un rassemblement clair obscur destiné à réinstaller les mêmes. Ils veulent un projet moderne et offensif, un parti qui se transforme, plus efficace et plus respectueux, des équipes qui se renouvellent. Reims doit ouvrir une nouvelle page dans l’histoire du socialisme français.

Cette campagne de congrès est-elle une bonne campagne ?

Le congrès a fini par prendre une certaine hauteur. Il avait pourtant plutôt mal commencé : certains, en contradiction avec les textes, voulaient à tout prix diaboliser notre position sur les alliances. Or personne, parmi nous, ne prône d’alliance avec la droite ou le centre ! Ces accusations sont dérisoires. Surtout si l’on regarde les pratiques de certains de leurs auteurs, notamment aux municipales. Un parti le plus fort possible, le rassemblement à gauche, la main tendue à tous ceux qui veulent battre la droite !

Hollande en appelle à la «discipline», et Delanoë à l’«autorité»…

On a déjà donné. Toute autorité doit être fondée sur une autorité morale, intellectuelle et politique. Elle ne peut être un appel au caporalisme. Par ailleurs, pour exiger la discipline, il faut être soi-même irréprochable.

Avec quelle autre motion pouvez-vous faire alliance ?

Si aucune motion n’a la majorité absolue, il n’y a rien de honteux à construire une majorité au PS. C’est notre devoir et notre responsabilité. J’ajoute même qu’il faut qu’elle soit large, car le travail qui nous attend est considérable. Nous, nous chercherons tous les moyens de rassembler, sans préalable, sans exclusive, sans sectarisme, mais sur une ligne claire : celle du changement. Pour que Reims soit un grand congrès.

Propos recueillis par DAVID REVAULT D’ALLONNES