Archives du mois de janvier 2009

« Il faut que Nicolas Sarkozy sorte de son esprit de guérilla ! »

rtl
Vincent Peillon était hier matin l'invité de Jean-Michel Aphatie (RTL). Voici une synthèse des propos qu'il a tenus ainsi que l'enregistrement vidéo de l'entretien.


Les uns après les autres, les chiffres tombent, et, alors que
plus personne aujourd'hui ne croit aux vertus d'un premier plan de relance
français trop faible, trop déséquilibré, trop anachronique, la morosité cède le
pas à l'angoisse.

 

Face à la crise, tout le pays devrait travailler de concert, se
relever les manches, mais nous avons en France un pouvoir crispé, autiste, qui
cherche l'affrontement. L'économie plonge dans la récession, le déficit explose
au-delà de 5%, on annonce 170 000 destructions d'emploi pour le premier
semestre, mais ce n'est pas encore assez pour que le Président de la République
sorte de cet esprit de guérilla que l'on a encore pu constater dernièrement face
aux juges d'instruction ou concernant les média de service public, le droit
d'amendement et le travail du dimanche.

 

Nous devons de toute urgence sortir notre pays de l'ornière,
mais à aucun moment, Nicolas Sarkozy n'a cherché à engager un dialogue avec
l'opposition qui a pourtant soumis ses propositions au débat il y a de ça
quelques jours. À aucun moment, il n'a invité à sa table les syndicats – qui
pourtant gèrent l'assurance-chômage – ou encore les collectivités locales -
lesquelles, majoritairement de gauche, sont responsables de 70% de
l'investissement public en France.

 

Nicolas Sarkozy a assez divisé. Il faut désormais qu'il réunisse
sérieusement l'opposition, les élus locaux et l'ensemble des partenaires sociaux
dans une logique de concertation d’abord, de décision puis d’action ensuite.
Plutôt que de pratiquer une ouverture peu glorieuse et essentiellement
politicienne, Nicolas Sarkozy doit, s’il a en tête l’intérêt du pays, lancer
rapidement une grande négociation et construire une mobilisation nationale
efficace et solidaire pour la relance. Les vertus de négociateur qu’il
revendique au niveau international, il doit maintenant les faire valoir en
France. Il ne s'agit en rien d'appeler à la formation d'un gouvernement d'union
nationale, mais mobiliser tout le monde, de discuter, d'écouter, pour être plus
efficace le temps venu de l'action.

 

Car, jusque-là, la réalité de la politique de Nicolas Sarkozy,
c'est un échec qu'on ne peut pas se permettre en 2009.

Lancement du site « L’espoir à gauche » (http://www.espoir-a-gauche.fr)

    Au Congrès de Reims, une puissante
force de proposition et de rénovation s’est mise en mouvement. Notre
motion, « l’Espoir à gauche, fiers d’être socialistes », est arrivée en
tête lors du vote sur l’orientation politique, puis notre équipe,
autour de Ségolène Royal, a rassemblé la moitié des suffrages militants.

    Ensemble, nous avons incarné un espoir de changement, un souffle
nouveau qui n’a aucune raison de retomber une fois le congrès passé.
Les très nombreux militants socialistes, les femmes et les hommes de
gauche, qui nous ont fait confiance ne nous le pardonneraient pas. Ils
attendent désormais de nous que nous maintenions et renforcions la
volonté d’une transformation en profondeur du socialisme français, de
sa doctrine, de son projet, de ses pratiques.

    Nous avons donc le devoir d’inscrire notre action dans la durée.
Renforcer les liens qui nous unissent, mutualiser nos pratiques,
approfondir nos réflexions : telles sont les tâches auxquelles nous
allons désormais nous consacrer. Le site « L’espoir à gauche » est celui de toutes celles et
de tous ceux qui veulent, avec nous, mener à bien ce travail.

Vincent PEILLON

« Sur Merleau-Ponty, réponse à Philippe Corcuff »

Le 5 janvier dernier, Philippe Corcuff publiait dans les colonnes du journal en ligne Mediapart deux articles consacrés à l'actualité de la philosophie politique de Maurice Merleau-Ponty, où il critiquait vertement les analyses de Vincent Peillon. Voici la réponse de ce dernier, parue aujourd'hui.
Cher Philippe Corcuff,
Je viens de prendre connaissance de votre contribution sur l'Actualité de la philosophie politique de Merleau-Ponty (ici et ) où vous vous étonnez du peu d'intérêt manifesté, lors des nombreux colloques qui se sont tenus pour le centenaire de la naissance de Merleau-Ponty qui vient de se dérouler courant 2008, pour les écrits politiques de Merleau-Ponty. Je partage ce point de vue et c'est pourquoi d'ailleurs j'ai accepté de participer à une rencontre, organisée par le Collège international de philosophie, qui s'est tenue le mercredi 14 janvier. Cette rencontre portait sur les réceptions de Merleau-Ponty et j'ai choisi de m'affronter à la question de ce déni qui me semble d'une part très symptomatique de notre époque mais, d'autre part, poser un problème majeur quant à l'interprétation d'ensemble de la philosophie de Merleau-Ponty puisque celle-ci récuse précisément et fermement toute séparation du politique et du philosophique, de l'événement et du sens, de la conscience et de la coexistence.
Néanmoins, dans votre contribution, vous employez à mon endroit et à celui de mes travaux un certain nombre de qualificatifs qui relèvent moins, me semble-t-il, du débat argumenté que de l'injure personnelle. C'est ainsi que j'aurais (avec Olivier Mongin) aseptisé Merleau-Ponty dans la gauche officielle (curieux concept !) ; qu'entre philosophie et politique, je serais rien moins que schizophrène ; enfin, que ma lecture serait celle d'un boy-scout antimarxiste. Vous me permettrez, par égard pour Maurice Merleau-Ponty comme pour vous, de ne pas vous répondre sur le même ton de mépris et d'essayer de le faire sur le fond.
Tout d'abord, vous me faîtes l'honneur d'avoir lu sérieusement Merleau-Ponty, en particulier dans mon ouvrage intitulé La tradition de l'Esprit. Je vous en remercie. Il aurait pu être intéressant pour votre propos d'en rappeler la thèse principale, à savoir que le passage de la première philosophie à la dernière, de la Phénoménologie de la Perception au Visible et l'invisible, était justifiée par une difficulté interne aux textes politiques (pp.187-188). C'est pourquoi, considérant que c'est dans le chemin qui conduit de Humanisme et Terreur aux Aventures de la dialectique que s'est joué le nouveau départ, et donc le sens même de cette pensée, j'ai consacré aux textes politiques, à la dimension de l'historicité et de la coexistence, au tragique de l'histoire, une place essentielle dans cet ouvrage. Le second chapitre de la première partie intitulé « L'essence tragique de la liberté », le second de la deuxième partie intitulé « Phénoménologie et liberté », enfin le premier chapitre de la troisième partie intitulé « Politique et philosophie » sont entièrement consacrés à ces questions et en particulier au rapport avec Marx qui me semble décisif dans la recherche d'une ontologie nouvelle, la formulation de la pensée d'écart et de la pensée interrogative.
Cela mérite sans doute de s'attarder sur ce point, puisque vous m'assimilez à un boy-scout antimarxiste. Vous vous souvenez sans doute que Merleau-Ponty qui, comme moi, a la plus grande considération pour l'œuvre de Marx, avait été visé lui-même en 1956 par un petit livre militant que l'histoire ne retiendra pas intitulé Mésaventures de l'anti-marxisme, les malheurs de Maurice Merleau-Ponty . Merleau-Ponty explique bien dans la « Préface » à Signes, texte que d'ailleurs vous citez, que la question n'est pas d'être pour ou contre Marx : cela n'a pas plus de sens que de savoir si nous sommes ou non cartésiens. Mais ce Marx qui devient, selon Merleau-Ponty, un « classique » est du coup un philosophe et rien d'autre. Le marxisme, écrit Merleau-Ponty, est « un immense champ d'histoire et de pensée sédimentées, où l'on va s'exercer et apprendre à penser. La mutation est grave pour lui qui voulait être l'opération de l'histoire mise en mots ». Or ce qui s'est rompu, et qui fait que l'on ne peut plus être marxiste au sens de Marx, c'est l'idée d'une identité possible de l'action et de la pensée. Cette identité opérait chez Marx à travers la figure du prolétariat pensé comme classe universelle. C'est pourquoi, selon le texte que vous citez, la valeur heuristique que Merleau-Ponty conserve au marxisme le conduit à préciser qu'il n'est pas vrai « dans le sens où il se croyait vrai » et à proposer un ensemble d'interrogations sur l'ontologie marxiste dont l'une va, ce n'est tout de même pas rien, jusqu'à s'interroger pour savoir s'il n'y aurait pas un lien entre la formule philosophique de la révolution proposée par Marx et des pratiques d'autorité illimitées qu'elle viendrait justifier.
Ce qui nous conduit à deux questions qui vous préoccupent justement : celle de la lutte des classes et celle de la critique du capitalisme. Pour ce qui concerne la lutte des classes, à l'époque de Humanisme et Terreur, Merleau-Ponty distingue déjà entre la théorie et la pratique. Il fait alors le diagnostic de ce qu'il nomme un « déraillement de l'histoire » qui prend la double forme de la réintroduction, en URSS, des inégalités de classe et du repli sur un certain nationalisme qui ne correspondent ni l'une ni l'autre aux prédictions de la théorie. Mais à cette époque, Merleau-Ponty considère encore que l'échec du communisme soviétique peut prouver à sa façon le bien fondé du matérialisme historique, puisqu'on peut soutenir que c'est précisément parce qu'il n'en réalise pas les conditions énoncées par la théorie qu'il échoue. Il maintient ainsi l'idée que, dans un autre contexte, la pratique pourra vérifier la théorie. Cette position est celle de « l'attentisme marxiste ». C'est cela qui bouge avec les Aventures de la dialectique et dans les derniers textes. Le divorce de la théorie marxiste et de la pratique communiste est imputé désormais à la théorie marxiste elle-même. Or cela à des conséquences décisives aussi bien pour la critique du capitalisme que pour la théorie du prolétariat et de la lutte des classes.
Pour la théorie du capitalisme : « Mais il y a une critique marxiste du capitalisme, qui est toujours valable, et qui n'est pas un jugement moral. C'est à voir » (AD, p.264). Merleau-Ponty prend ses distances avec Sartre sur cette affaire. C'est pourquoi la politique qui doit permettre à la fois la critique du capitalisme et du communisme soviétique porte un nom chez Merleau-Ponty: « nouveau libéralisme ». Nouveau libéralisme et non pas nouveau marxisme ou anticapitalisme. Cela signifie simplement, et c'est la différence avec Sartre, que la critique du capitalisme doit opérer de l'intérieur de l'économie de marché et non à partir d'un ailleurs qui n'existe pas, d'une « éternité de bonheur imaginaire » qui ferait ressembler cette critique au pari pascalien.
Cette remise en cause de l'ontologie marxiste, d'une opération de destruction-réalisation de la philosophie, d'une coïncidence de la théorie et de la pratique, entraîne une remise en cause de la théorie du prolétariat. Humanisme et Terreur avait prévenu : « La théorie du prolétariat n'est pas dans le marxisme une annexe ou un appendice. C'est vraiment le centre de la doctrine, car c'est dans l'existence prolétarienne que les conceptions abstraites deviennent vie, que le vie se fait conscience ». C'est la théorie de « l'humanisme prolétarien » selon laquelle le prolétaire, c'est non un homme particulier, mais un homme universel, l'homme générique : « sous le nom de prolétariat, Marx décrit une situation telle que ceux qui y sont placés ont seuls l'expérience pleine de la liberté et de l'universalité qui, pour lui, définissent l'homme » (ibid., p.218). C'est cette théorie qui seule permet que la lutte des classes puisse déboucher, même par la dictature du prolétariat, sur la société sans classe, puisque le prolétariat est la classe universelle, que le « pouvoir du prolétariat est le pouvoir de l'humanité ». Abandonnant cette théorie, toute coïncidence sans reste du particulier et de l'universel ou de la nécessité et de la liberté, aussi bien toute fin de l'histoire, du même coup Merleau-Ponty qui considère que la violence est le milieu naturel de l'histoire ne croit plus que celle-ci pourra être dépassée, qu'un terme pourra être mis au conflit, et donc que l'histoire ou la politique seraient comme des problèmes qui attendent leur solution.
Maintenant, puisque la philosophie, chez Merleau-Ponty, doit tenir compte des faits,( c'est le nazisme qui conduit à quitter la philosophie libérale, c'est la guerre de Corée qui conduit à abandonner l'attentisme marxiste), j'en viens à l'article sur L'avenir du socialisme, qui date de 1959, et où Merleau-Ponty essaye d'expliquer l'adhésion de Mendés-France au socialisme et donc le sens, pour lui, du socialisme. C'est à ce propos, et au commentaire que j'en donne dans mon ouvrage sur Pierre Leroux et le socialisme républicain, que vous me traitez de schizophrène. C'est ici que se pose la question de la lutte des classes. Que dit Merleau-Ponty ? Que cette adhésion de Mendès France au socialisme se justifie par des faits : le premier est que le prolétariat n'est plus ce qu'il était (nous venons de le voir), le second que si la démocratie revit « ce sera comme démocratie du peuple entier », à laquelle le prolétariat se rattachera, (Parcours II, p.-243). Le peuple entier, auquel le prolétariat se rattachera, m'a en effet conduit à penser que la République parlementaire selon Merleau-Ponty est une République où les classes n'en restent pas, à défaut de disparaître, à la seule lutte.
Vous avez raison de rappeler que pour Merleau-Ponty il faut tenir ensemble « les deux bouts de la chaîne, le problème social et la liberté », AD, p.332. Il y a une lutte des classes : mais ni dictature du prolétariat ni société sans classes. Mais vous auriez dû vous aussi tenir les deux bouts de la chaîne et chercher à rendre raison d'autres affirmations présentes dans le même texte, par exemple : « l'on ne croit pas à la solution du problème social par le pouvoir de la classe prolétaire ou de ses représentants, que l'on n'attend de progrès que d'une action qui soit consciente et se confronte avec le jugement d'une opposition », ibid, p.330. C'est pourquoi je maintiens que tenir les deux bouts de la chaîne suppose un intérêt public, et que celui-ci ne peut être l'intérêt d'une seule classe. Il suppose bien, dans le régime parlementaire, la confrontation et la collaboration des classes, le respect de ses adversaires, le refus de ce que Merleau-Ponty nomme un monde à une seule entrée.
Le « nouveau libéralisme » s'assume comme tel. La liquidation de la dialectique révolutionnaire conduit à une attitude politique qui « s'appelle un réformisme », Signes, p.384. Dans ce texte daté de novembre 1956, Merleau-Ponty considère que l'alternative entre révolution et réformisme est dépassée et qu'il s'agit, « pour le capitalisme, de soumettre à une direction d'intérêt public les mécanismes de l'économie de marché », ibid, p.385.
Dés lors, Merleau-Ponty vise à définir le « socialisme du XXe siècle ». Que dit-il ? A la fois peu de choses et beaucoup : « l'essentiel c'est que l'ensemble du fonctionnement économique et politique soit mis au service de l'intérêt public ». Ce n'est donc ni la dictature du prolétariat ni, comme avec la SFIO, un langage marxiste couvrant des politiques opportunistes, ce ne sera pas non plus « une forme édulcorée du marxisme », qui pourront être le socialisme de l'avenir. Et Merleau-Ponty d'aller plus loin : ce qu'il faut rechercher, c'est la « régulation du marché » par la mise en place de « mécanismes artificiels » ; et c'est aussi assurer la « direction démocratique » de ces mécanismes. Cela fait me semble-t-il un programme politique toujours d'actualité. Et il est clair sur les fondements de ce réformisme :« Quant aux fondements philosophiques, ce socialisme, me semble-t-il est distinct de la philosophie prolétarienne de l'histoire » (Parcours II, p.244). Car quoi que vous disiez, Merleau-Ponty pense que si le socialisme a pu dégénérer à ce point c'est « parce que la politique communiste rendait impossible sa tâche réformiste », signes, p.385.
Pour conclure, je ne crois pas, cher Philippe Corcuff, que je présente ici un Merleau-Ponty aseptisé. Il vous sera difficile, malgré vos approximations et vos injures, de faire de Merleau-Ponty le théoricien d'un parti anticapitaliste qui n'a pas liquidé ce qu'il nommait lui-même la dialectique révolutionnaire. Merleau-Ponty chemine avec Mendès France. C'est ainsi, c'est un fait, ce n'est pas honteux, et cela ne mérite ni injure ni simplification. Je considère au contraire qu'une critique du capitalisme qui doit se maintenir sans le secours de l'humanisme prolétarien, de la société sans classes, sans fusion de la théorie et de la pratique, est une discipline exigeante. J'ajoute que la critique, y compris du jeune Marx, qui conduit Merleau-Ponty à repenser la notion de symbolique et celle d'institution comme milieu de l'histoire, comme le point de vue auquel il est conduit de considérer qu'il n'y a pas de solution au problème social, est aussi une idée exigeante. Je pense enfin que pour une gauche non communiste, réformiste, donner un contenu précis à ces mécanismes de régulation de l'économie de marché et les mettre sous contrôle démocratique, définir ce faisant ce que pourrait être un intérêt public, est une tâche d'avenir. Sachez en tout état de cause que je ne vous tiens pas rigueur des mots désobligeants qui ont été les vôtres et que ne prétendant pas détenir une quelconque vérité à moi tout seul j'aurai plaisir, si l'occasion s'en trouve et si vous le souhaitez, à poursuivre avec vous ce dialogue philosophique et politique.

Vincent PEILLON

« Un incroyable exercice d’autosatisfaction »

Franceinter
Le 2 janvier dernier, Vincent Peillon est allé à la rencontre des auditeurs de France Inter. Il s’est notamment exprimé sur les voeux du Président de la République, le plan de relance de l’économie et le bilan de la Présidence Française de l’Union européenne. Voici ci-dessous une synthèse des propos qu’il a tenus, ainsi que l’intégralité de l’entretien en écoute libre.

Les derniers chiffres de l’économie, et notamment l’augmentation record du nombre de chômeurs, nous l’indiquent : le pays s’enfonce dans la crise. Qu’importe, Nicolas Sarkozy s’est livré, à l’occasion de la présentation aux Français de ses vœux pour 2009, à un incroyable exercice d’autosatisfaction. Usant et abusant de la première personne du singulier, il n’a pas hésité à se poser en homme providentiel. Le décalage avec la réalité est pourtant stupéfiant tant, dans le concret, il n’y a que peu de motifs de se réjouir de l’action gouvernementale.
En matière de relance tout d’abord, le plan « massif » présenté par Nicolas Sarkozy est d’ores-et-déjà dépassé ; et ce, avant même que l’Assemblée Nationale n’ait eu le temps de l’adopter ! Dérisoire au vu de ce que prépare l’équipe de Barack Obama, son insuffisance a même été reconnue en creux par le Président de la République en avouant implicitement qu’il en préparait un second. Nous le voyons, beaucoup de temps a déjà été perdu par un gouvernement qui a trop rechigné à débloquer, pour le pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes ainsi que pour l’investissement des PME, les sommes qu’il a mobilisées sans coup férir pour les banques. L’Elysée doit revenir sur cette vision de court terme, et il doit le faire dans la concertation. La France est un pays où 70% de l’investissement public est assuré par les collectivités locales. Aussi le gouvernement devrait-il, dans un objectif d’unité nationale, mettre d’urgence tous ceux qui gèrent de l’argent public, de gauche comme de droite, autour de la table.
Dans son allocution du 31 décembre, Nicolas Sarkozy s’est également posé en champion de la solidarité, arguant de la prochaine entrée en vigueur du Revenu de Solidarité Active. Le chef de l’État oublie toutefois que le RSA, prévue de longue date, est une mesure qui, si elle reste souhaitable, s’avère tout de même en décalage complet avec les exigences nées de la crise : ne bénéficiant qu’aux personnes qui retrouvent un emploi, elle ne répond en rien à l’urgence qui est d’aider ceux qui, nombreux, ont vu la récession détruire le leur. La vraie solidarité, ce serait d’envisager la question de l’indemnisation chômage et de revenir sur les politiques d’un État qui depuis deux ans, au travers du paquet fiscal comme de la casse de l’hôpital public, ne cesse d’accabler les plus pauvres au lieu de les défendre.
Ce à quoi l’on assiste en réalité, ce n’est rien d’autre qu’à l’échec complet du sarkozysme dont on a désormais la certitude qu’il ne crée ni emplois, ni pouvoir d’achat.
> cliquez ci-dessous pour écouter la 1ère partie de l’entretien

> cliquez ci-dessous pour écouter la 2nde partie de l’entretien, suivie des échanges avec les auditeurs de France Inter.

« La crise politique de la gauche est d’abord une crise intellectuelle »

Le 30 août dernier, le journal en ligne Mediapart s’est intéressé à l’ouvrage de Vincent Peillon, "La Révolution française n’est pas terminée", récemment paru aux éditions du Seuil .
Voici l’article rédigé par Sylvain Bourmeau, faisant suite à l’entretien qu’il a eu avec Vincent Peillon, agrémenté de quelques extraits vidéos.

C’est une exception culturelle française et c’est devenu un genre « littéraire » : le livre politique. Ou plutôt : « le livre d’homme (ou de femme) politique » puisque ces volumes, souvent médiocres, n’existent en général qu’à travers des signataires qui n’en sont, de surcroît, pas toujours les véritables auteurs.
La Révolution française n’est pas terminée, l’ouvrage que publie en cette rentrée Vincent Peillon est donc objectivement, du simple fait qu’il s’agit d’un vrai livre, un événement.
Docteur en philosophie et responsable politique socialiste, Vincent Peillon a délaissé un instant les manœuvres qui l’ont conduit depuis qu’il milite dans ce parti à successivement faire alliance avec François Hollande, Arnaud Montebourg et Ségolène Royal (dont il fut l’un des porte-parole pendant la campagne présidentielle et dont il est toujours proche) pour prendre le temps de lire les travaux d’une nouvelle génération de chercheurs, historiens et philosophes. Il en a conçu un livre très personnel qui s’appuie sur ces recherches pour proposer une refondation intellectuelle du parti socialiste et, au-delà, de toute la gauche. Espérons, pour la qualité du débat politique, qu’il trouve des lecteurs, y compris des contradicteurs, jusque dans son propre parti.
Le grand mérite du livre de Vincent Peillon, c’est d’exhumer la richesse – très largement méconnue – de la tradition socialiste française. C’est notamment en s’appuyant sur les travaux récents de Jean-Fabien Spitz (son livre majeur, Le Moment républicain en France) et de Serge Audier qu’il retrace les liens anciens qui unissent socialisme et libéralisme, en s’attachant en particulier au solidarisme. Aussi précis que convaincant – on regrette juste qu’il n’ait pas sollicité les cours décisifs de Michel Foucault sur le libéralisme –, ce petit livre de Vincent Peillon ouvre une piste pour l’immense chantier de la reconstruction intellectuelle de la gauche.
La Révolution française n’est pas terminée : par ce titre un peu accrocheur, Vincent Peillon répond bien sûr à François Furet qui, en cette année 1989 de bicentenaire et de chute du mur de Berlin, « s’était fait prophète pour nous annoncer la grande nouvelle de la fin de la Révolution française et, avec elle, de la République, seulement bonne désormais à se perpétuer comme nostalgie ». Au nom d’une « nouvelle génération intellectuelle et politique », Vincent Peillon récuse cette vision d’une histoire qui n’en finit pas de finir."