« Préparer l’avenir et l’alternance »
Vincent Peillon répondait aujourd'hui aux question de Jean-Pierre Déroudille pour le quotidien Sud Ouest. Voici ci-dessous l'intégralité de l'entretien.
« Sud Ouest » : Vous avez lancé hier L'Espoir à gauche. Un courant de plus ?
Vincent
Peillon : Il existait déjà. Notre motion est arrivée en tête et nous
sommes donc représentés au bureau national, au conseil national, ainsi
que dans toutes les fédérations, dont plus de trente sont dirigées par
nous. Nous ne le créons donc pas, nous l'organisons pour qu'il vive
dans la durée et pour que les militants qui se sont rassemblés dans
cette démarche de rénovation continuent de travailler ensemble.
Cette organisation donne-t-elle un poids supplémentaire aux sympathisants de Ségolène Royal au sein du PS ?
C'était
la demande de tous ces militants qui, par dizaines de milliers, avaient
voté pour nous et qui nous ont demandé de continuer à porter ensemble
ces idées et ces équipes qui vont d'Aurélie Filipetti à Gérard Collomb,
de Vincent Feltesse à Gilles Savary, de Manuel Valls à Gérard Miquel,
de Louis Mermaz à Charles Fiterman, etc.
Il fallait que nous nous
donnions des structures qui nous permettent de réfléchir. La plupart
des gens ne veulent pas que nous soyons dans la guérilla permanente à
l'égard de nos camarades. Dans la situation de crise que nous vivons,
il faut plutôt préparer l'avenir et l'alternance.
Jeudi soir, sur France 2, Ségolène Royal s'est plainte d'être victime d'ostracisme de la part de la direction de Martine Aubry.
Il
est très mauvais pour l'ensemble du parti que nous soyons si nombreux à
être exclus, alors même que nous ne le souhaitions pas et qu'aucune
cohérence idéologique ne le justifie. Ségolène Royal avait pourtant
appelé au rassemblement. J'espère que la bataille sociale contre
Nicolas Sarkozy et que la bataille politique vont permettre de dépasser
ce « péché » originel de la direction Aubry.
Votre courant n'est-il pas l'écurie pour préparer la désignation de Ségolène Royal à la candidature présidentielle ?
Elle
a été notre candidate à la présidentielle, puis au poste de premier
secrétaire. Nous avons affirmé dès le lendemain du vote que la question
n'était pas d'ouvrir à nouveau la question de la présidentielle. Le
congrès n'a pas permis d'affirmer un leadership net. Martine Aubry dit
elle-même que ce n'est pas son sujet et nous en prenons acte. Nous
devons remobiliser la gauche, lui donner un projet, et cette question
de la présidentielle se posera à partir de 2011, après les élections
régionales. Nous souhaitons qu'à ce moment-là, le choix du ou de la
candidate soit porté par un processus de primaires qui soit moderne et
ouvert à toute la gauche, un peu comme celui qui a porté Barack Obama.
François Rebsamen, votre ami, s'est montré plutôt ironique sur le plan de relance socialiste.
Je
l'ai dit au bureau national mardi dernier, ses propos et ceux de Malek
Boutih sont liés précisément au fait que nous n'avons pas dépassé le
péché originel de décembre, que nous n'avons pas été associés à
l'élaboration de ce plan de relance. La balle est dans le camp de
Martine Aubry. C'est elle qui nous a fermé la porte et c'est à elle de
la rouvrir.
Jeudi dernier, alors que la France de gauche tout
entière manifestait, Ségolène Royal était à Belem pour le forum
altermondialiste.
Cette réunion était prévue depuis des mois.
La crise économique pose justement la question de la nature de notre
modèle de développement. Les altermondialistes sont souvent les
premiers à avoir posé les bonnes questions sur ces sujets. Il est bon
que Ségolène Royal n'ait pas annulé.
Pour ma part, j'étais à
Paris dans la rue, comme nos amis étaient partout où des manifestations
se tenaient. Si Ségolène Royal n'était pas là, c'est qu'elle menait le
même combat ailleurs. Elle a été l'une des premières à attirer
l'attention sur les dérives des banques pendant la campagne
présidentielle, et cela lui avait attiré des moqueries.
Les députés européens membres de votre courant seront-ils sacrifiés ?
Quand
les élections viennent, les socialistes se rassemblent selon la règle
de la proportionnelle et cette proportionnelle doit permettre à nos
députés, en particulier Gilles Savary, qui est un grand député
européen, sans doute le meilleur spécialiste français des questions de
service public, Béatrice Patrie et Michel Teychenné, de se retrouver sur
nos listes.
Chaque semaine, par courriel, vous m'adressez de nombreux textes. Morceaux choisis parmi ceux qui apportent le plus au débat.



















