Archives du mois de avril 2009

« Le président de la République devrait dire la vérité aux gens »

Vincent Peillon répond aujourd'hui aux questions de Philippe Martinat dans les colonnes du quotidien "Le Parisien".

Qu’attendez-vous de cette semaine de mobilisation sociale ?
Vincent Peillon. Il a fallu attendre les manifestations de février pour que Nicolas Sarkozy reçoive les partenaires sociaux et fabrique un second plan de relance en reprenant des propositions qui avaient été faites soit par les syndicats soit par le PS. Cette mobilisation a donc été utile et l’opposition constructive. Cela doit continuer car il y a encore des problèmes considérables devant nous.

Certains experts jugent que la France, en partie grâce à ses dispositifs sociaux, ne s’en sort pas si mal. Cela ne conforte-t-il pas la gouvernance de Sarkozy ?

Les amortisseurs sociaux encore existants sont ceux que Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à détruire. Depuis 2002, la droite a systématiquement attaqué ce dont elle est aujourd’hui obligée de faire l’éloge : les services publics, le droit du travail, les protections sociales… La petite musique du gouvernement consistant à dire que « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possible et dans la meilleure des France possible » doit cesser, car ce n’est pas vrai ! Cette semaine encore, le FMI, après l’Insee, a donné pour la France des perspectives économiques inquiétantes. Ce ne sont pas du tout les mêmes prévisions que celles du gouvernement qui, à chaque fois, est obligé d’ajuster avec un temps de retard. De temps en temps, ce serait pas mal d’avoir un temps d’avance et de dire la vérité aux gens.

Le PS a-t-il raison de cibler José-Manuel Baroso, le président de la Commission de Bruxelles, et Nicolas Sarkozy dans sa campagne européenne ?

Le PS fait énormément de propositions à travers le Manifesto, ce programme établi pour la première fois par 27 partis socialistes européens : pacte de progrès social, harmonisation fiscale, nouveau modèle de développement… Il serait de bonne santé démocratique qu’il y ait une alternance en Europe puisqu’elle a été mal gouvernée ces dernières années. Les responsables, pour la France, sont le président de la République, qui siège au Conseil européen (qu’il vient de présider pendant six mois sans jamais défendre ni un modèle public ni un modèle social) et Baroso qui est le candidat de la droite

… … mais aussi de certains gouvernements socialistes.
Il n’y en a que trois. Mais le PSE (Parti socialiste européen) ne soutient pas Baroso et si une majorité de gauche arrivait au Parlement européen, il y aurait un candidat du PSE qui ne serait pas le président sortant de la Commission.

Que reste-t-il aujourd’hui de la « maison Royal » ?
Nous restons unis. Contrairement à ce qu’on entend dire, notre courant l’Espoir à gauche est aujourd’hui le plus important du PS, avec un tiers des fédérations et beaucoup de personnalités. On est maintenant sortis du congrès de Reims et nous participons à la direction du parti. Notre objectif est d’être utile à notre camp, et donc de contribuer à la vie du parti, à sa rénovation et à la production d’idées.

La candidature de Royal à la présidentielle est-elle un objectif qui soude ou divise votre courant ?
Ce n’est pas une question centrale pour l’Espoir à gauche puisque beaucoup de ses membres considèrent et considéraient même déjà au moment du congrès qu’il ne faut pas confondre les échéances de refondation de la gauche et la désignation à la présidentielle. Ce qui soude l’ensemble de cette sensibilité, c’est la nécessité d’opter pour 2012 pour des primaires ouvertes. Il est évident que si Ségolène le souhaite, elle y aura toute sa place.

« La crise économique et sociale est liée au malaise démocratique »

PARIS (AFP) — Vincent Peillon, tête de liste PS aux européennes dans la circonscription sud-est, a estimé samedi que la crise économique et sociale "ne serait pas résolue ni nous ne traitons pas la question de la démocratie".

L'eurodéputé avait réuni son courant "L'espoir à gauche" au Sénat pour une journée de réflexion sur la démocratie. Des Universités d'été de ce courant lancé en janvier ont été annoncées à cette occasion. Elles se tiendront les 21 et 22 août à Marseille.

"La crise économique et sociale que nous vivons est liée en grande partie au malaise démocratique", qui d'ailleurs "dépasse le simple malaise", a assuré M. Peillon.

Ce malaise n'existe "pas seulement depuis Sarkozy", a-t-il estimé. Le pays "ne s'est pas encore remis" du 21 avril 2002 qui avait vu Lionel Jospin (PS) éliminé de la course présidentielle par Jean-Marie Le Pen (FN).

"Il faut savoir si nous sommes encore en démocratie ou si nous sommes en démagogie", a cependant ajouté M. Peillon jugeant qu'aujourd'hui "un événement chasse l'autre et on est totalement privés de mémoire".

Jusqu'à 300 militants socialistes, selon l'Espoir à gauche, ont fait une apparition au cours de cette journée de débats. Parmi les intervenants: Manuel Valls, François Rebsamen, Gaëtan Gorse, David Assouline, autant d'élus qui avaient soutenu Ségolène Royal au congrès de Reims.

« 21 avril 2002, 21 avril 2009 : le cynisme de Nicolas Sarkozy »

À moins d'un mois et demi des élections européennes, alors que l'UMP n'a toujours ni liste ni programme, Nicolas Sarkozy  vient une nouvelle fois de prouver le mépris qui est le sien pour les Français. Alors que nos concitoyens attendent des réponses fortes pour pouvoir faire face à la crise économique et sociale qui les frappe de plein fouet, le chef de l'Etat tente une énième diversion pour éviter tout débat sérieux sur son bilan et ses orientations européennes, en réveillant le serpent de mer de l'insécurité à l'occasion de son déplacement à Nice. La ficelle est grossière. Nicolas Sarkozy a trouvé aujourd'hui une bien triste et cynique manière de fêter l'anniversaire du 21 avril.

Tout porte à croire que M. Sarkozy voudrait à l'occasion de ces élections européennes nous interpréter un mauvais remake du scénario du 21 avril, mais les Français ne doivent plus être dupes. Président depuis 2 ans, Ministre de l'intérieur pendant presque 5 ans depuis 2002, cette manœuvre électoraliste grossière résonne au contraire pour la droite comme l'aveu de son propre échec. La droite et Nicolas Sarkozy doivent répondre de leur bilan en matière de sécurité, et notamment de l'augmentation avérée des ​atteintes volontaires à l'intégrité physique des personnes. Ce ne sont ni une politique du chiffre factice, ni l'autosatisfaction présidentielle qui permettront aux Français de retrouver la sécurité.

Les Français doivent aussi mesurer à quel point, outre le démantèlement de la police de proximité et des politiques de prévention, la politique de casse économique et sociale, de provocation verbale et d’injustice conduite depuis deux ans par Nicolas Sarkozy contribue à un climat de tension qui exige, pour être apaisé, de fortes inflexions de sa politique. Ne laissons pas Nicolas Sarkozy et l’UMP priver les français du grand débat démocratique dont nous avons besoin à l’occasion des élections européennes.

Vincent PEILLON

« Une absence totale de dialogue social »

Vincent était ce matin l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC.

« Nous avons eu le gouvernement le plus imprévoyant sur la crise »

Vincent Peillon était hier l’invité de « Dimanche soir politique » (Le Monde, I-télé, France Inter). Voici un résumé des propos qu’il a tenus, ainsi qu’un court extrait vidéo de l’interview.

La manifestation des anti-OTAN, samedi, à Strasbourg, a fait près de cinquante blessés. Comment réagissez-vous ?

En condamnant évidemment ces mouvements de violence, qui sont très habituels dans ces réunions internationales, mais qui sont inacceptables. Partout, la radicalité monte.

Le PS n’y contribue-t-il pas lorsque Ségolène Royal se montre compréhensive à l’égard des salariés en colère qui ont retenu des cadres de Caterpillar ?

Je n’ai jamais appelé à la crise sociale. Je ne crois pas qu’il puisse en sortir quelque chose de positif. En général, elle engendre la réaction, le conservatisme, la peur, l’ordre. Mais il faut comprendre ce qui se passe chez Caterpillar.

Cette société fait des bénéfices et annonce 25 000 licenciements à travers le monde, dont 3 000 en France. A part les élus locaux, ça n’intéresse personne. Il faut que quatre dirigeants de l’entreprise se retrouvent enfermés une nuit pour que, dès le lendemain, non seulement les médias s’intéressent enfin à ces 733 disparitions d’emplois, mais que le président de la République réponde.

La faute aux médias ?

Un vent mauvais souffle sur l’action publique. Le gouvernement n’intervient que sous la pression de la rue et après avoir moqué ceux qui préconisaient les mesures qu’il finit par prendre. Il fait des annonces, mais l’intendance ne suit pas. Les gens attendent le chèque qu’on leur a promis, et ils découvrent que le fonds destiné à le financer n’est toujours pas mis en place. C’est de la très mauvaise gouvernance.

Pourquoi le PS a-t-il autant de difficultés à se faire entendre dans cette crise ?

Il n’a toujours pas surmonté l’échec du 21 avril 2002. Il vit une crise existentielle, mais qui n’est pas de sa seule responsabilité. D’une certaine façon, les Français ont manqué au PS. Quand, aujourd’hui, ils se disent : « Ah, les paradis fiscaux, ce n’est pas bien, les fonds spéculatifs, c’est nuisible, il faudrait de l’harmonisation fiscale », je me souviens qu’autour de Lionel Jospin un certain nombre de dirigeants, dont Dominique Strauss-Kahn, se battaient pour ça. Et c’est ce même gouvernement Jospin qui a été sèchement battu à la présidentielle de 2002 sur la question de la sécurité, dont je n’ai pas le sentiment qu’elle ait été aujourd’hui résolue, si l’on se réfère aux violences urbaines.

Quel bilan tirez-vous du G20 ?

La grande affaire du XXIe siècle sera la construction d’un ordre public international pour accompagner la mondialisation économique. De ce point de vue, des choses positives se sont produites au sommet de Londres. On s’est réunis à vingt, et non à sept ou huit ; on a intégré la montée en puissance de la Chine et de l’Inde ; on a fait une place à l’Amérique latine. Et on n’a pas complètement oublié les pays les plus pauvres, grâce notamment aux efforts de Dominique Strauss-Kahn et de Pascal Lamy.

Cela vous irrite-t-il de voir ces deux hommes de gauche travailler aux côtés de Nicolas Sarkozy ?

Ce sont des hommes de convictions, et ils font oeuvre utile.

Vous avez jadis conduit une mission parlementaire sur les paradis fiscaux. La publication d’une liste va-t-elle dans le bon sens ?

Cette liste ne vaut rien. D’ailleurs, elle est déjà contestée. Si l’on veut vraiment changer les choses, il faut quitter le système de l’autorégulation, qui consiste à demander aux banquiers et aux assureurs de s’autocontrôler, et bâtir un ordre public international. Le combat n’est pas de moraliser le capitalisme, mais d’édicter des règles, assorties de sanctions.

Barack Obama souhaite que l’Europe intègre à terme la Turquie, Nicolas Sarkozy ne veut pas. Et vous ?

La Turquie a joué un rôle dans les relations avec Israël et les Palestiniens. Elle est en positon de négociation à la fois avec l’Irak et l’Iran. Elle intervient dans la question de l’Afghanistan et du Pakistan. Dire : « A priori, je ne veux pas qu’elle entre », c’est prendre une très lourde responsabilité historique,

Ce propos de Nicolas Sarkozy est irresponsable.

Propos recueillis par Jean -François Achilli, Michel Dumoret et Françoise Fressoz