« La Corse peut envoyer un message clair et fort ! »
Interview de Vincent Peillon dans Corse Matin, à l’occasion de sa visite en soutien à la liste socialiste aux élections régionales.

Vincent Peillon, membre du Parti Socialiste, eurodéputé de la circonscription Sud-Est (Rhône Alpes, PACA, Corse) et animateur de l’espace de convergence « Rassemblement social, écologique et démocrate », est venu apporter son soutien à la gauche insulaire dans la perspective d’une victoire aux élections territoriales de mars.
- Le PS National a choisi Paul Giacobbi pour les territoriales en Corse, qu’est ce qui a motivé ce choix ? C’est le meilleur d’entre vous ?
Nous avons fait le choix du rassemblement et de la clarification ; c’est, nous l’espérons, une première étape pour la gauche en Corse. Elle n’était pas facile, mais elle était indispensable et attendue par de très nombreuses personnes. Notre seul objectif est de créer les conditions d’une alternance nécessaire qui permette enfin d’offrir un autre avenir à la Corse. Une nouvelle génération de responsables socialistes insulaires a pris ses responsabilités. C’est une bonne nouvelle, pour le Parti socialiste, et pour la Corse. Je les salue. Quant aux qualités personnelles de Paul Giacobbi, je pense qu’aujourd’hui elles sont assez connues de tous.
- Pourquoi ne pas avoir choisi Simon Renucci qui à l’Assemblée nationale siège à vos côtés ?
Simon Renucci est mon ami. C’est un grand maire pour Ajaccio, qui a la passion de sa ville et de la Corse. Il siège avec nous à l’Assemblée nationale où son travail est apprécié. Mon souhait est que nous partagions ensemble, dans le respect de chacun, la suite de cette belle aventure. Un rassemblement devra s’opérer et Simon Renucci avec sa personnalité et sa sensibilité en est l’un des éléments indispensables.
- Avec quatre listes, on ne peut quand même pas dire que la gauche part dans de bonnes conditions ; l’union ne risque-t-elle pas d’être difficile ?
Cela aurait pu être pire ! Plus sérieusement, cette pluralité de la gauche en Corse explique pourquoi les socialistes ont pris l’initiative d’un premier rassemblement en officialisant leur participation aux côtés de Paul Giacobbi à une liste composée de membres du PRG et de personnalités divers gauche et d’ouverture. Une preuve qu’il est possible de s’unir. Sur la base d’un projet clairement identifié à gauche et au service du développement de la Corse, nous avons créé une dynamique qui doit se poursuivre jusqu’au 21 mars et pour les années futures. Emmanuelle de Gentili et Jean Charles Orsucci y travaillent aux côtés de Paul Giacobbi, c’est ce qui permettra la victoire, et puis, ensuite, de travailler utilement. Il ne faudrait pas que des débats mineurs fassent perdre de vue les programmes, les enjeux, l’intérêt général de la Corse. De très nombreux défis sont à relever : performance économique, solidarité sociale, qualité environnementale, aménagement du territoire et puis surtout la nécessité d’offrir à la jeunesse insulaire les moyens de la réussite. C’est autour d’un projet de valeurs et d’action que nous pourrons dépasser les rivalités et convaincre les Corses de faire confiance à la gauche. Nous ne doutons pas qu’au deuxième tour, l’ensemble des forces de gauche se retrouvera. Les leaders des listes de gauche sont conscients de la responsabilité qui leur incombe pour qu’enfin la gauche réussisse l’alternance à l’assemblée de Corse.
- Le grand chelem aux régionales, vous y croyez ?
Au-delà de l’enjeu de gagner une région, il s’agit avant tout de mettre en place une équipe en capacité de donner un nouveau souffle à la Corse. Les régions dirigées par la gauche présentent aujourd’hui un bilan positif et ont su utiliser toutes leurs compétences sur les plans économique, social, culturel, environnemental et de l’aménagement du territoire et du cadre de vie. Les Français le savent. En Corse, la majorité de droite au pouvoir a échoué. Elle est usée et ne peut plus prétendre incarner la relève. Au niveau national, la politique conduite par Nicolas Sarkozy creuse les inégalités, fait la part trop belle à l’argent, malmène le pacte républicain et le socle sur lequel repose notre consensus social, sans compter les coups portés à la politique de décentralisation. Je sais que les Corses auront à cœur de faire valoir le respect de valeurs qui sont les leurs. À un moment, il faut savoir dire non, et construire un autre chemin. Chacun doit voter en conscience en pensant à l’avenir de sa région, de ses enfants et des valeurs qui sont les siennes. La Corse peut envoyer un message clair et fort.
- Reprendre la Corse, ce serait votre plus belle victoire ?
Ce serait, je vous le dis du fond du coeur, un grand honneur, et une lourde responsabilité. Regardez la gestion de la droite et ce qu’elle laisse derrière elle : le Statut particulier n’a jamais été utilisé avec tous ses pouvoirs et ses compétences, le Padduc est abandonné et repris en main par le gouvernement, c’est-à-dire rien de moins que la maîtrise de l’aménagement et de l’avenir de l’île ; le PEI ne met en avant aucune perspective solide et précise de développement et de valorisation des ressources locales ; la gestion financière est à revoir complètement. Ne sous-estimons pas l’ampleur de la tâche. Les socialistes ont toujours porté une oreille attentive aux revendications de la Corse. Toutes les grandes avancées institutionnelles se sont faites avec la gauche, du Statut Defferre aux Accords de Matignon. Je déjeunais la semaine dernière avec Pierre Joxe et nous en avons parlé. Or les socialistes n’ont pas pu, avec leurs amis, mettre en oeuvre ici un projet de gauche et de progrès. C’est une occasion historique. Mais la victoire de la gauche devra avant tout être celle de la Corse et des Corses.
- Avec Paul Giacobbi, on trouve Emmanuelle de Gentili et Jean Charles Orsucci. Que représente pour vous cette nouvelle génération de socialistes en Corse ?
J’ai beaucoup d’amitié pour eux, et du respect devant leurs convictions et le travail accompli. Je regarde ce qu’ils font. Ils ont la passion de leur île et la volonté que les choses bougent en surmontant les clivages stériles. Ils le prouvent dans leurs engagements d’élus. Ils veulent dépasser une histoire qui nous a coûté cher et coûté cher à la Corse. Ils veulent travailler avec la société civile qui est particulièrement active dans l’île et toute une nouvelle génération qui
veut vivre et réussir en Corse en se tournant vers l’avenir. Ils prennent leurs responsabilités et bénéficient de notre entier soutien. La Corse est complexe et parfois difficile à comprendre. Mais cette complexité est aussi le résultat d’une histoire et d’une culture qui sont une véritable richesse pour nous tous, ne serait-ce qu’au niveau de sa contribution à la philosophie des Lumières. Vous comprendrez que cette ouverture sur l’universel me passionne. Cette complexité se retrouve également dans les relations parfois tumultueuses qu’entretiennent la Corse et la République et dans ce qu’elles se sont mutuellement apporté au cours des siècles. Cette nouvelle génération socialiste incarne à mes yeux cette volonté des Corses de rester maîtres de leur destin dans l’espace français décentralisé et européen et d’aller de l’avant. C’est bien. Je ne doute pas que d’autres viendront les rejoindre dans leur démarche, le PS ne demande qu’à se renforcer dans l’île. Je sais qu’avec leur dynamisme nous y parviendrons.
- Est-ce que cela veut dire que désormais il faudra en Corse compter avec le PS ?
J’en suis convaincu. Nous ne sommes qu’au début d’une reconquête. Au niveau national, mais aussi en tant que député européen, je travaille avec eux et j’apprécie leur honnêteté et leur détermination, leurs valeurs de modernité, de solidarité, de tolérance, leur volonté de rassembler sur ces valeurs, si différentes de celles prônées par l’UMP. Oui, tout cela m’indique que le PS va compter davantage à l’avenir dans le destin du peuple corse.
- À ce sujet, comment se fait-il que vous ayez délaissé si longtemps le PS en Corse ?
La gauche a beaucoup fait pour la Corse au plan national mais également au niveau local où elle est aux responsabilités à Ajaccio, Bastia, au Conseil Général de Haute Corse et dans de nombreuses autres collectivités et les socialistes sont présents. Il peut paraître injuste que cela ne soit pas reconnu au niveau régional, c’est tout l’objet de cette élection. Depuis que je travaille sur la circonscription pour mon mandat d’Eurodéputé, nous n’avons cessé d’être en rapport avec la cellule de coordination qui relaie les dossiers corses auprès de notre groupe au Parlement européen. Je viens soutenir mes amis dans le cadre de la campagne, mais je viens aussi, et mon programme de visite le dit assez, pour travailler avec les Corses sur les dossiers importants que sont la pollution en Méditerranée, la politique de recherche de l’université de Corse, les problèmes de la pêche, de l’agriculture, de l’énergie, du tourisme. Ce travail, nous allons le nouer dans la durée avec tous ceux qui voudront avancer et être utiles. Je reviendrais après les régionales et je l’espère après la victoire de la gauche autour d’une dynamique de progrès partagé et de rassemblement. Croyez-moi. Je le dis avec modestie, mais avec fermeté : il n’est pas question que la Corse soit délaissée par le Parti socialiste, l’avenir le confirmera.
Propos recueillis par Paul ANTONIETTI
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