« L’autre dette est éducative »

Tribune dans Libération à l’occasion du débat entre Vincent Peillon et François Dubet : « Education, la France déjà dégradée ? » aux Etats généraux du renouveau, samedi 28 janvier à Grenoble.

La «dette» semble devoir être le maître-mot de la campagne présidentielle. A quelques mois de l’élection, c’est autour de cet enjeu – de sa genèse comme des propositions en vue de sa résorption – que se structure l’essentiel du débat. Mais de quoi parlons-nous au juste ? La question mérite d’être posée, car la dette que nous devrons affronter en mai prochain, si les Français font confiance à François Hollande et à la gauche, n’est pas unidimensionnelle. La dette «budgétaire» en cache une autre, tout aussi profonde dans son contenu, tout aussi importante à réduire pour l’avenir de notre pays. Il s’agit de la dette éducative. Pour un gouvernement de gauche, l’héritage de la droite en mai 2012, ce ne sera pas seulement des comptes publics grevés par des années d’impérities budgétaires et de cadeaux fiscaux aux plus fortunés. L’héritage, ce sera aussi une blessure sans précédent dans notre histoire républicaine : la blessure faite à l’école.

En cinq ans, presque 10% des effectifs enseignants ont été supprimés. La formation des professeurs a été réduite à néant, tant et si bien que 70% des nouveaux enseignants se retrouvent devant leurs classes, à temps complet, sans avoir reçu de formation pratique ni avoir rencontré un seul élève. Les réseaux d’aide spécialisés aux élèves en difficulté ont été démantelés. La scolarisation des moins de 3 ans, que l’on sait essentielle pour la lutte contre les inégalités et l’échec scolaire, est passée de 35% à 13%. Autant de mesures dictées par un seul impératif : réduire les coûts quelqu’en soit le prix. Sans compter les diatribes insensées pour décréter le curé et le pasteur plus compétents que l’instituteur pour renseigner sur le sens de la vie. Choix de valeur et choix budgétaire marchent toujours ensemble.

Les conséquences de cette politique court-termiste à forte teneur idéologique sont déjà visibles : la France, a continuellement chuté depuis 2000 dans tous les classements internationaux qui évaluent les résultats des élèves. Elle est désormais le pays de l’OCDE où les inégalités sociales ont l’impact le plus fort sur les inégalités scolaires, où le taux d’encadrement en primaire est le plus faible (5 enseignants pour 100 élèves). Le métier n’attire plus et le ministère peine à trouver des candidats pour les quelques postes qu’il offre encore. Près de 150 000 jeunes sortent sans qualification du système scolaire. Les performances des élèves à l’entrée en 6e, pour la maîtrise de la langue comme pour les mathématiques, ne cessent de se dégrader. Les évaluations nationales, celles de la Cour des comptes ou du Haut Conseil à l’éducation, viennent confirmer ce piteux diagnostic. Les intérêts de cette dette éducative, ce sont nos enfants qui vont devoir les payer, à moyen comme à long terme. Le gouvernement essaie par tous les moyens de cacher son échec. Le ministre Châtel entrave la publication de rapports de l’Inspection générale de l’éducation nationale qui l’accablent.

Nos liquidateurs en chef de l’Education nationale voudraient échapper à leurs responsabilités. Ils ne trompent plus qu’eux-mêmes : parents d’élèves comme enseignants, observateurs internationaux comme responsables nationaux, tous convergent pour dire que la dette éducative de notre pays s’est, ces cinq dernières années, creusée comme jamais.

Autant dire que le triple A de l’éducation, la France l’a perdu depuis longtemps. Et pour longtemps si l’on ne réagit pas très vite. C’est le sens de la priorité donnée à la jeunesse et à l’éducation par François Hollande et par le projet de refondation de l’école de la République qu’il porte. L’ampleur de la dévastation est telle qu’on ne pourra en faire l’économie. Donner les moyens à l’école de réussir sa mission, ce n’est pas dépenser, c’est investir dans l’avenir. Même Standard & Poor’s – qui n’a pas toujours brillé par autant de clairvoyance – nous le dit : la clé de la croissance de demain se trouve dans les investissements massifs que nous devons faire aujourd’hui dans l’enseignement, la formation et la recherche, de la maternelle aux doctorats, et au-delà.

Mais les moyens n’ont de sens qu’en ce qu’ils permettent de servir des fins. Celles-ci s’appellent pour nous : briser le noyau dur de l’échec scolaire, mettre sur pied une formation initiale et continue des enseignants digne de ce nom, réformer les rythmes scolaires, faire évoluer le métier d’enseignant, revaloriser l’enseignement professionnel.

Des fins d’efficacité, mais aussi de justice. Creuser la dette éducative, c’est creuser le sillon de notre déclin collectif. L’inverse est tout aussi vrai : le redressement de la France, de son modèle républicain et de son économie, passe par la refondation de son école et l’investissement dans la connaissance. C’est le projet que porte François Hollande.

 

    15 commentaires à l'article “« L’autre dette est éducative »”


    1. André Guidi

      M. Peillon,

      j’ai beaucoup d’admiration pour votre éloquence, votre savoir et votre ton posé. Vivement que vous soyez nommé Ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche par Moscovici, le premier ministre du président Hollande.

      Salutations dévouées

      André Guidi

    2. irima

      Arrêtons de vouloir « revaloriser » l’enseignement professionnel. Commençons déjà par le valoriser !

      Il y a quelques jours, réfléchissant sur le « projet académique » (je fais mes devoirs institutionnels, toujours, même si ce n’est pas toujours avec beaucoup de soin), je me disais que valoriser l’enseignement professionnel, ça devrait passer d’abord et avant tout par considérer ce qui y est enseigné en lui donnant du poids dès le collège au moins.
      Il me semble qu’un élément-clef pour comprendre l’enseignement professionnel, c’est la prise en compte dans ce cadre de la « praxis » : les élèves n’y sont pas de purs esprits, ils ont aussi un corps (et pas seulement des mains) et ils apprennent à s’en servir. Or, l’enseignement pour et par le corps a pratiquement disparu au collège. En technologie, les élèves ne fabriquent plus grand chose, sauf marotte du prof local. En musique et en arts plastiques, à cause de cette idée saugrenue d’ajouter une discipline nouvelle sans enseignant et sans horaire, les élèves ont de plus en plus de temps de cours consacré à l’histoire des arts et de moins en moins à l’usage des mains, de la voix, du souffle. Il reste l’EPS, mais qui n’existe pas dans le socle commun si ce n’est pas le drolatique « savoir nager ».
      Bilan, si déjà, quand j’étais élève, il n’y avait pas beaucoup d’enseignements du collège qui formaient le corps, enseignaient le geste, désormais, il n’y en a pratiquement plus. Or, comment valoriser des enseignements qui n’existent que pour les élèves qui se retrouvent en filière de relégation ? Est-il idiot d’imaginer que le futur ingénieur ou la future diplomate ont aussi besoin d’apprendre les gestes du monter/démonter ; construire/déconstruire ; fabriquer, en somme ? Il me semble que cela leur serait aussi nécessaire que la culture générale pour nos concitoyens futurs électriciens ou coiffeurs. Bref, je crois qu’il serait temps de cesser de considérer nos enfants, les enfants de la République, comme de purs esprits éthérés et de leur rendre un corps. Ce me semble, en tout cas, un lieu de réflexion et d’invention fort pertinent, au moins pour le collège, dans cette perspective de donner du sens à toutes les filières du lycée.
      Qu’en pensez-vous ?

    3. F Saint Clair

      Texte politique et polémique. Utile peut être pour emporter des voix en cette période électorale, mais dans le fond, tout prof qui a enseigné depuis plus de dix ans ne peut adhérer… La présente législature n’a pas arrangé les choses, certes, mais je me rappelle assez bien des années Jospin et des jeunes profs qui étaient déjà placés devant des classes sans qu’ils aient reçu une réelle préparation. Je me rappelle des programmes pensés par les « huiles » du ministère de l’EN qui prenaient un malin plaisir à y diluer le sujet de leurs recherches. Je me rappelle des inspecteurs d’académie incapables de tenir une classe mais toujours prompts à donner des conseils inutiles. Je me rappelle des discours du ministre n’ayant, comme souvent, aucun moyen d’être traduit en actes tellement la conception de ses conseillers était à mille lieues de la réalité. Pour avoir ensuite traversé sous les dorures des ministère et occupé la place desdits conseillers, je peux affirmer que le changement, si on le désire réellement, doit d’abord intervenir au ministère de l’EN, et plus particulièrement dans le prochain cabinet du ministre. Je vous l’ai déjà dit Mr Peillon dans un précédent commentaire, et je vous le répète : Abandonnez vos certitudes ! Et écoutez les bonnes personnes ! Votre talent, votre intérêt pour l’EN et votre intelligence feront le reste.

    4. Jean-Jacques professeur ( 24)

      Bonjour,
      J’ai écouté attentivement et B juillard mardi soir et F Hollande jeudi soir et me vois obligé de vous poser qqs questions précises pour lesquelles je ne pense pas difficile que vous puissiez fournir des réponses précises:
      -dans quelle mesure peut on espérer que F Hollande reviendrait sur la réforme du lycée (tronc commun,suppression de l’hist/géo en TS,baisse de nombreux horaires dont le français en TL)?
      -dans quelle mesure peut on espérer que F hollande reviendrait sur la formation hallucinante des nouveaux professeurs et reviendrait vers des horaires raisonnables lors de l’année de stage?
      -dans quelle mesure F Hollande se montrerait disposé à revenir sur la LRU afin de restaurer un semblant de cohérence, de rigueur, de qualité pour notre enseignement supérieur?
      -dans quelle mesure F Hollande serait prêt à abandonner l’idée de déshabiller le lycée pour habiller le primaire?
      Toutes ces réponses m’aideraient vraiment dans mes choix électoraux à l’heure où notre lycée perd 2 classes et 45 heures à effectifs constants, avec bien sûr les postes qui vont avec…
      Faire la différence avec « celui dont on ne prononcera plus le nom » (amusante « posture »-et ce n’est que cela!- rhétorique pour le prof de lettres que je suis) passe par une réponse claire à ces questions.Nous ne voulons pas des mêmes projets présentés avec un nouvel habillage.Il n’y a pas de problème de FORME mais problème de FOND!!!

    5. MESSAGE René

      C’est bien !
      Tu fais un constat de la situation de l’Ecole et de sa dégradation depuis 10 ans, la dette éducative, la blessure faite à l’école. Ensuite, tu parles rapidement des mesures qui seront prises par le gouvernement de gauche après mai 2012, les décisions les plus importantes étant la création de postes et l’accent mis sur l’Ecole primaire.
      J’ai lu les projets de F. Hollande : ils ne me paraissent pas bien préparer la sortie de crise de l’École, ils me paraissent pâles par rapport à la Convention sur l’Égalité réelle et au projet du PS qui a suivi. On semblait vouloir proposer un Pacte éducatif à la Nation ; on pensait avoir compris que la Transformation de l’École…ou sa Refondation allait être un des enjeux de la campagne ; on attendait des mesures immédiates…et des réformes de structures qui ne donneront des résultats qu’à long terme (pour ma part, je pense qu’il faudra 20 ans, mais les transformations doivent commencer dès ce quinquennat)…les actions annoncées en faveur des Jeunes pour la Formation et l’Emploi, c’est bien, mais « c’est du court terme » dans l’urgence : OR NOUS PRÉPARONS L’ÉCOLE DE DEMAIN.

      Il ne s’agit pas seulement de création de postes, les gouvernements de gauche l’ont fait dans le passé à la satisfaction générale (amélioration des conditions de travail…etc, je ne veux pas tout passer en revue) mais sans que l’Égalité progresse d’une façon notable, sans qu’on se dirige vers une Éducation Populaire.
      Depuis 50 ans, je n’ai vu que des « réformettes » pendant une législature souvent mises en cause par la législature suivante sans aucune perspective d’ensemble pour l’avenir ; sauf la mise en place du Collège Unique, création qu’il faut garder avant une Transformation.
      Même le plan Langevin-Wallon d’après la Libération n’a jamais été appliqué !

      Notre candidat place l’Effort sur l’école primaire. Très bien, mais la petite enfance est en partie oubliée, l’articulation CM2-6ème également ; 20% des élèves qui entrent en 6ème ne maîtrisent pas le Français et les Maths, ils ne s’améliorent pas pendant les deux années qui suivent (je l’ai vécu, à la tête de mon établissement) ; le « décrochage scolaire » se fait pratiquement en fin de cinquième-et j’ai pu constater que beaucoup de ces jeunes, devenus majeurs, sont « illettrés »

      Il s’agit de savoir si l’on veut aller vers UN SOCLE COMMUN DE L’ÉDUCATION (le collège n’étant plus-et ceci définitivement- « un petit lycée ».

      Cette TRANSFORMATION DU SYSTÈME ÉDUCATIF que nous appelons de nos vœux-et qui doit se faire dans la durée- qui donc peut la mettre en place si non le PS ? Elle doit faire l’objet d’une volonté politique forte.

      IL FAUT DÉCLARER L’ÉDUCATION GRANDE CAUSE NATIONALE

      Et l’imposer dans la campagne.

      Le programme Présidentiel de François Hollande manque de souffle

    6. SandrineK

      Bonjour M Peillon,

      J’ai lu votre article avec beaucoup d’intérêt et regarde de près les propositions du PS.
      Je partage votre point de vue sur l’investissement que représente l’éducation et la nécessaire valorisation de l’enseignement professionnel.

      Toutefois, je m’interroge sur la pertinence de recruter 60000 enseignants supplémentaires. Améliorer la qualité de la formation et augmenter la rémunération dans les zones sensibles ne seraient-elles pas plus efficaces ?

      Les professeurs des filières professionnelles sont-ils recrutés de la même façon que ceux des filières générales.
      Est-ce la vision du corps enseignant aujourd’hui ? Comment explique t-on que les mauvais élèves soient systématiquement orientés vers les filières techniques et professionnelles ?

      Comment explique t-on par exemple le maintien de filières telles que les BEP/CAP comptabilité alors que les recrutements sur ces postes se font au minimum à bac+2 dans les PME et les grands groupes.
      Comment explique t-on que les nouvelles technologies qui ont révolutionné le monde de l’entreprise ne soient toujours pas entrées dans nos écoles ?

      Pourquoi les enseignants travaillent-ils aussi peu en équipe en particulier en maternelle et primaire (je trouve effrayant pour le prof et l’élève d’être enfermés toute la journée ensemble dans une sorte de huis clos…).
      Pourquoi les classes ont-elles des murs que l’on ne peut pas déplacer (des classes modulables ??), pourquoi en primaire ne fait-on pas travailler les élèves en groupe (la façon de faire actuelle ne pousse t-elle pas à l’individualisme et au « chacun pour soi »). Pourquoi n’incite t-on pas les enfants à travailler seuls sur de nouveaux outils (ordinateurs, …), de façon ludique (est-il nécessaire de souffrir pour apprendre ?) avec l’aide de leur professeur ?
      Recrute t-on les enseignants en fonction de ces critères ?
      Tous les professeurs sont-ils incités et ont-ils la capacité à s’adapter à de nouvelles méthodes de travail ?
      Comment peut-on les accompagner ?

      Ce chiffre de 60000 enseignants supplémentaires me fait peur.Le nombre de fonctionnaires dans l’éducation nationale est de 963000 personnes (près de la 1/2 des fonctionnaires si je lis bien les chiffres de l’INSEE). L’éducation nationale est la première source de dépenses publiques. Cela donne le vertige lorsque l’on voit le classement de notre pays dans l’OCDE.
      Je reste pourtant fondamentalement une femme de gauche mais je ne me reconnais pas dans cette mesure à un moment où j’ai besoin d’être rassuré sur les dépenses de l’Etat et sur la qualité de notre enseignement. J’aimerais avoir des éclairages sur ce point.
      Cordialement.
      Sandrine K

    7. BENARD MAURICE

      Bonjour,
      Je partage bien entendu votre constat. Oui, la dette de la Nation envers son Ecole doit se rembourser au même titre que celle contractée pour financer le budget de l’Etat. La destruction de notre Ecole est telle qu’il faille dès après l’élection de François Hollande, donner des signes à tous les enfants, à toutes les familles et AUSSI à TOUS NOS ENSEIGNANTS qui SUBISSENT de PERDRE leur MÉTIER quand leur poste EST SUPPRIME.
      C’est bien ce signe que tous attendent en ce jour de grève,mardi 31 janvier.

      Je veux parler de ces Maîtres E,,G ou psychologues(les fameux RASED) qui, bien sûr, gardent leur emploi d’ENSEIGNANT, perdent d’un trait de plume le METIER spécifique dans lequel ils se sont investis sans réserves auprès des élèves en difficulté.
      Quelles mesures spécifiques le projet de notre candidat est prêt à consentir très vite pour rattraper cet énorme gâchis humain?
      Investir au mieux le potentiel de ces enseignants au service de ces enfants qui ont tant besoin, aider aussi ces enseignants à résoudre avec leurs collègues spécifiques dans leurs classes d’ où ces enfants sont extraits, enfin rassurer ces enseignants spécifiques à qui la suppression de poste ressemble à leur dire qu’ils seraient inutiles…Voilà comment rembourser dans ce domaine une DETTE EDUCATIVE sans conteste.

      Cordialement,
      M.Bénard

    8. Jean-Jacques professeur ( 24)

      Sandrine K,
      Avant de vous inquiéter des dépenses de l’état en matière d’éducation (et de santé aussi), efforcez-vous de solliciter chez la part de femme de gauche qui vous habite et interrogez la sur:
      -la question du train de vie de l’état
      -les exonérations de type bouclier fiscal
      -la manière dont les banques secourues sans contrepartie nous noient
      -la disparition de la taxe professionnelle qui ne va pas de soi
      -la consultation intempestive de l’OCDE (qui n’est pas un organisme dont la compétence et l’autorité vont de soi…faites une petite recherche et vous verrez!)
      En revanche, n’hésitez pas à lire les propositions des Economistes atterrés notamment « la fausse évidence n°5: il faut réduire les dépenses pour réduire la dette publique » qui fait voler en éclats l’équivalence état/gestion des ménages et, exemples à l’appui, prouve que des politiques de rigueur ont pu faire augmenter la dette ( cf Manifeste des économistes atterrés édition Les liens qui libèrent pp 29-35).

    9. un militant de base (mais vraiment de base)

      Je suis militant PS plutôt actif, universitaire, et je constate que sur l’éducation, de la maternelle à l’habilitation à diriger des recherches, le projet du PS ou de son candidat, tel que visible au public, est MOINS précis qu’il y a 18 mois. Il y a foule de questions auxquelles il est IMPOSSIBLE d’obtenir des réponses, alors qu’on les a maintes fois posées en cent lieux. Or, ces questions ont été travaillées.

      Comment doit-on se comporter ?

    10. F Saint Clair

      @ sandrine K

      Si les chiffres sont exacts, l’interprétation que vous en faites est erronée. Tout d’abord, 963 000 fonctionnaires de l’EN ne signifie pas 963000 profs. De plus 60 000 postes d’enseignants supplémentaires (et sur 5 ans) ne signifie pas 963000 + 60000.

      Par ailleurs, vous vous définissez comme une femme de gauche mais vos propos ne résonnent pas à gauche, votre logique concernant l’EN est uniquement comptable, donc je m’interroge…

      Vous dites que vous avez le « vertige » lorsque vous voyez le « classement de notre pays dans l’OCDE » et vous remettez immédiatement en cause les méthodes d’enseignement françaises. Cependant, à aucun moment vous ne prenez le temps de questionne les critères de classement de l’OCDE qui sont uniquement statistiques, c’est à dire, encore une fois, comptables, et surtout, en proie à une excessive partialité.

      Ensuite, vous demandez de l’adaptation, que les profs s’adaptent, que les filières s’adaptent, etc. Et lorsqu’on se demande à quoi vous désirez que l’EN s’adapte, on lit entre les lignes que c’est à la société professionnelle, « aux PME et aux grands groupes », en somme à une société aujourd’hui largement libéralisée où les règles de la concurrences deviennent de plus en plus sévères pour les individus. Encore une fois, à aucun moment vous ne questionnez cette société où l’homme est considéré comme un moyen de maximisation du profit. Peut être qu’avant de demander à l’EN de s’adapter, il faudrait réfléchir aux fondements sur lesquels est bâtie notre société, ainsi qu’à ses objectifs, afin d’être sûr qu’ils sont viables, non ?

      Vous est-il venu à l’idée que l’EN pourrait être un des rares derniers remparts à cette libéralisation progressive que subit le pays depuis 30 ans ?

      Vous est-il venu à l’esprit que les objectifs de l’EN ne doivent pas être ceux « des PME et des grands groupes » ?

      Vous est-il venu à l’esprit, pardonnez-mois de vous le dire de façon si directe, que vos propos ne sont pas ceux d’une femme de gauche, mais au contraire ceux d’une femme bien ancrée à droite ? Il n’y a d’ailleurs aucun mal à cela, il faut juste assumer…

    11. SandrineK

      Bonjour

      Pour répondre à M F Saint Clair, je parlais bien de 963000 fonctionnaires et non enseignants. F Hollande a été clair sur les 60000 postes d’enseignants, la semaine dernière: ils ne viennent pas s’ajouter aux postes existants, ils correspondent à des remplacements suite à des départs en retraite (ma formulation prêtait à confusion j’en conviens).
      J’aimerais effectivement connaître la répartition de ces 963000 postes et savoir combien de professeurs sont effectivement présents dans les classes.
      Cela me permettrait de comprendre
      - la pertinence du maintien de ces 60000 postes,
      - pourquoi le PS fait ce choix plutôt que d’augmenter les salaires, mettre en place des actions de formation pour les enseignants en poste, investir dans du matériel (informatique,…).
      Prétendre que l’on pourra tout faire (augmenter les salaires, maintenir les 60000 postes…) me parait irréaliste et dangereux électoralement.
      Je déplore les méthodes actuelles du gouvernement consistant à supprimer sans réfléchir des postes et sans rien changer par ailleurs.
      Elles maintiennent et pérennisent un système inégalitaire dont seule une petite élite bénéficie.
      Doit-on pour autant occulter la dette de notre pays et l’héritage que nous allons laissé à nos enfants ? Le bon sens que nous appliquons à nos budgets personnels ne doit-il pas être appliqué à celui de l’Etat? Ce bien commun et précieux ne doit-il pas être dépensé de façon claire, réfléchie, efficace et si possible sans tenir compte des lobbies ? Nos hommes politiques ne doivent-ils pas nous apporter des explications détaillées sur la façon dont il est dépensé (est-il normal, comme l’a fait remarquer un parlementaire socialiste récemment qu’un ministre coûte 17 millions d’euros à l’Etat chaque année?) ?
      Est-il interdit d’être de gauche et de s’interroger sur le nombre de fonctionnaires (en particulier dans l’éducation nationale), d’aborder le sujet de la maîtrise des dépenses ?
      J’attends pour ma part du candidat PS, un discours moderne en matière de dépenses publiques et clair, précis sur cette proposition de maintien de 60000 postes. La campagne démarre donc affaire à suivre…

    12. Jean-Jacques professeur ( 24)

      Pauvre Karine! Comme je vous plains de vous être laissée polluer par la novlangue où modernité rimerait avec privatisé, managé,comptabilité…si au moins ce type de vision avait le mérite de l’originalité mais non! Regardez les optiques de « celui dont on ne prononce pas le nom » et de Bayrou (peut-être estimez-vous qu’il soit socialo compatible…moi pas !ou alors je me trompe et c’est mon vote qui n’est pass socialocompatible!)et vous trouverez cette idée rebattue , n’allez donc pas chercher ailleurs: vous vous y retrouverez!
      Affaire à suivre, certes…mais cher M Peillon , n’oubliez pas le peuple de gauche auquel vous êtes censé vous adresser: lui n’aura jamais peur d’une trop grande clarté en matière de politique sociale.
      La rigueur façon thatcher ce n’est pas une pensée de gauche pas plus que la rigueur façon Schroeder ou Blair…ce ne sont que différents visages d’une seule et unique pensée bâtie sur des « évidences » qui ne peuvent pleinement convaincre que des privilégiés espérant pousser tout le monde à voir le monde avec leurs lunettes mais sans leurs subsides.
      Il est encore temps d’échapper à ce naufrage annoncé par une vision néolibérale qui comme toute pensée politique a eu une naissance (dans l’immédiat après guerre), une enfance via des thinktanks généreusement financées par de bien étranges mécènes, une adolescence plutôt circonscrites aux pays anglosaxons et une maturité mondialisée dont nous voyons quotidiennement les bienfaits!
      Mon voeu sera d’assister à la mort de ce modèle qui cherche à s’agiter pour faire croire à sa santé! Que le PS n’assiste pas(plus) médicalement ce dangereux malade et l’aide à mourir vite!

    13. La Lésion d'Honneur

      deux choses :
      1) les RASED ont été démantelés soit. C’est une chose de le dire, c’en est une autre de proposer clairement une reconstruction et un développement des RASED. Ces réseaux d’aide ont été évalués, les conclusions sont très claires. Ils sont efficaces et rentables. Efficaces car les enfants aidés ne sont pas « médicalisés », leur souffrance est prise en compte à l’intérieur de l’école, le coût est nettement inférieur à celui des prises en charge Sécu. Alors quelle proposition claire pour un véritable développement des RASED ? Jusqu’ici les réponses ont été très floues lorsqu’elles existaient.
      2) Vouloir mettre l’Education au centre de la campagne est un leurre. Un excellent article du Monde Diplo fait état de la même promesse de Obama… qui consiste en fait à rendre responsable l’école de tous les maux de la société si avec tout ce qu’on lui donne elle n’y arrive pas ! Mais elle n’y arrivera pas si la société n’est pas radicalement changée. Mettre l’école en bouclier équivaut à refuser de proposer une véritable alternative.

    14. DANSAULT

      M. PEILLON,
      L’Education Nationale est actuellement le lieu où la pensée est confisquée par la « hiérarchie » et surtout où l’omerta règne : ne rien dire qui soit contraire aux diktats des inspecteurs, conseillers pédagogiques et autres. Vous qui, bien que socialiste et philosophe, avez souvent changé de monture (Ségolène, DSK …), comment pensez-vous restaurer un climat de confiance au sein du « mammouth » ? Comment allez-vous changer la marche forcée dans laquelle on nous a enrolés ? Qui sera le futur directeur de la DEGESCO ? Allez-vous abroger les programmes 2008 et revenir à ceux de M. Lang de 2002 ou allez-vous « pondre » de nouveaux programmes ?, allez-vous revenir sur la semaine des 4 jours et mettre l’aide personnalisée le mercredi? Comment les inspecteurs qui prêchent la bonne parole vont pouvoir être crédibles si vous changez radicalement les « règles du jeu »? Bref, si vous êtes le futur ministre de l’Education Nationale, qui seront vos conseillers spéciaux ? A quelle sauce va-t’on nous dévorer cette fois-ci ?
      Une simple professeur des écoles.

    15. DANSAULT

      Encore et toujours plus d’élèves dans les classes ! Les élèves ne sont pas des sardines ! (slogan d’un syndicat mais si vrai). Savez-vous que pour fermer une classe il faut qu’il y ait une moyenne inférieure à 24, 25 ou 26 (je ne sais plus exactement) élèves par classe. Donc zou on ferme une classe et on répartit les élèves dans les autres classes. MAIS pour ouvrir une classe, il faut que tout le monde supporte pendant un an, une moyenne de 32,5 élèves par classe !
      Autre sujet : allez ce n’est pas la règle de trois mais juste un petit calcul ! Dans mon école, il y a 6 enseignants titulaire de leur classe dont la directrice déchargée une journée ; plus moi, qui suis la maîtresse du lundi dans la classe des PS/MS, du mardi chez les CE1/CE2, du jeudi en CM2 et du vendredi en CE2/CM1, plus une ZIL (remplaçante à la journée sur une zone), plus une maîtresse E (RAZED) sur la zone donc un total de 9 personnes. Prenez la totalité des élèves et divisez par 9, c’est une moyenne plutôt confortable qui va bientôt nous amener à une fermeture de classe ! Oui mais dans les classes, la réalité c’est une totalité des élèves divisée par 6, 6 classes seulement ! Ah les statistiques, quel avenir flamboyant ! Comme on leur fait dire ce qu’on veut ! M. Peillon, choisissez bien vos conseillers !
      Une simple professeur des écoles