« L’école n’est pas un coût, mais un investissement »

Interview croisée de Vincent Peillon et de Luc Chatel, par Véronique Soulé.

Libération – Interview. L’actuel ministre de l’Education nationale et le conseiller de François Hollande, défendent des projets opposés.

Tandis que la promesse de François Hollande de créer 60 000 postes dans l’éducation sème la zizanie au sein du Parti socialiste, son conseiller éducation, Vincent Peillon, et le ministre Luc Chatel ont répondu séparément aux questions de Libération sur leur vision de l’école.

Comment voyez-vous l’enseignant de demain ?

Luc Chatel : Pendant longtemps, sa mission essentielle a été de transmettre le savoir. Or, le monde a changé, l’école aussi. Cela reste le cœur de son action. Mais face à des classes hétérogènes et des enfants de la génération Internet, le métier est devenu plus complexe et il a d’autres missions : apporter un soutien scolaire différencié selon les élèves, participer à l’élaboration du projet pédagogique, recevoir les parents… C’est important d’avoir ce débat.

Pour moi, il est clair que dans le secondaire, il faut désormais déterminer le temps de travail des enseignants par des heures de présence dans l’établissement, afin d’inclure toutes ces missions, et non plus seulement par des heures de cours comme cela se fait depuis le décret de 1950 sur les obligations de service [18 heures de cours hebdomadaires pour les certifiés, 15 pour les agrégés, ndlr]. On entérinerait ainsi ce que de nombreux enseignants font déjà.

Vincent Peillon : Après ce quinquennat, les conditions matérielles et morales faites aux enseignants se sont tellement dégradées que l’on a une crise du recrutement. Il faut d’abord redonner aux professeurs les moyens d’enseigner. C’est pour cela que nous défendons l’idée d’un contrat : toute la nation doit s’engager à leurs côtés.

Les tâches se sont diversifiées et doivent être reconnues. Nous ne pouvons pas rester en l’état. Mais la seule réforme qui marchera se fera avec les enseignants – et non sans eux, comme le fait ce gouvernement. Commencer par revoir les obligations de service est une erreur, et même une faute à l’égard des enseignants qu’on a l’air de désigner comme responsables d’échecs imputables à une politique. Aucun professeur du secondaire ne travaille 15 ou 18 heures, mais 37, voire 38. On ne peut pas traiter ces questions avec des slogans. Après une concertation approfondie, si nous l’emportons, nous prévoyons une loi à l’automne.

Face à ces tâches, la formation des enseignants est-elle suffisante ?

L.C. : Le choix de la masterisation [la réforme très contestée de 2009, selon laquelle les enseignants doivent avoir un master et non plus une licence] était le bon. Mais les transitions sont difficiles. Progressivement, on arrive à une formation disciplinaire de qualité, et tous les professeurs stagiaires [pendant leur première année d'exercice] ont un tuteur dans leur établissement. Cette année, les démissions, de 1% à 2%, sont encore inférieures à l’an dernier. On a beaucoup diabolisé cette réforme. Mais connaissez-vous un métier où l’on vous apprend tout avant de commencer ? Aux urgences, vous êtes reçus par une personne en blouse blanche qui est souvent un étudiant.

V.P. : Le gouvernement a détruit la formation. Quelque 70% des nouveaux enseignants sont mis devant des classes sans formation ni accompagnement. Nicolas Sarkozy et Luc Chatel se vantent d’avoir prévu 108 heures de stage par an pour les étudiants en master, soit 3 heures par semaine. Ce n’est pas sérieux !

Il faut reconstruire entièrement la formation. François Hollande a pris un engagement : nous ne reviendrons pas sur la masterisation. C’est la façon de faire qui a été mauvaise, car cette réforme a été décidée dans le but de supprimer des postes, Bercy dictant la politique éducative. Mais nous mettrons aussi en place un système de prérecrutement, permettant à des jeunes de milieux modestes ayant la vocation, de faire des études longues qu’ils n’auraient pas pu financer. Pour les modalités de la formation que nous voulons, nous poursuivons les discussions.

Faut-il aujourd’hui réformer le collège unique ?

L.C. : Le fait que 100% d’une classe d’âge soit au collège a été un progrès considérable. Mais au moment où notre stratégie consiste à personnaliser et apporter une réponse individuelle à chaque enfant, il y a un paradoxe à continuer à parler de collège unique, à ce que tous les élèves fassent la même chose entre 10 et 14 ans.

Au collège, il faut commencer à proposer des parcours tenant compte de la diversité des élèves. Avec un bémol : il ne faut pas que ce soit définitif et que ce soit une pré-orientation à 12 ans – l’orientation se faisant en fin de troisième. Il faut laisser toutes les possibilités ouvertes. Mais il y a des élèves qui suivent moins bien à partir de la quatrième et qui ne sont pas faits pour les matières théoriques. Nous allons les ouvrir au monde professionnel et leur montrer d’autres disciplines. L’idée, c’est le collège pour tous, mais avec des parcours différenciés. Il y a par ailleurs une rupture trop forte entre le CM2 et la sixième, que nous voulons atténuer. Dans le dispositif «Eclair», cette année, des professeurs de primaire vont apporter un soutien en lecture à des élèves de sixième.

V.P. : Différencier les élèves à partir de la fin de la cinquième est la pire des solutions. Cela a échoué partout dans le monde. Les systèmes qui réussissent sont au contraire ceux qui proposent les parcours communs les plus longs.

Pourquoi tout à coup s’attaquer au collège ? Les enfants qui arrivent en sixième viennent de l’école élémentaire. Et 40% ne maîtrisent pas bien les apprentissages de base en fin de CM2. Si cela n’est pas réglé, on aura beau faire, ce sera le tonneau des Danaïdes. Il faut avant tout que les élèves arrivent au collège en possédant les fondamentaux, et travailler la transition primaire-collège, de même que celle entre le lycée et l’université pour éviter l’énorme gâchis en premier cycle.

La question des moyens serait-elle dépassée ?

L.C. : Je vais peut-être surprendre mais le problème des moyens ne se pose pas à l’Education nationale pour moi. On investit 7% du budget de la nation dans l’éducation, plus que la moyenne des pays de l’OCDE et de l’Union européenne. On dépense 80% de plus depuis 1980 par élève, en euros constants. Les moyens sont là. Le problème, c’est leur répartition. Il faut sortir de l’égalitarisme qui a fait tant de mal. Dans de grands lycées parisiens, il peut y avoir 38 élèves par classe, voire plus. Dans certaines classes de collèges difficiles, 22 élèves, cela peut être déjà beaucoup. C’est un mensonge de dire aux enseignants que l’on va en recruter 60 000 et qu’on va les payer plus. C’est désastreux. Les finances ne le permettront pas. Soit on reste dans le pur quantitatif comme pendant vingt-cinq ans, et cela se fait au prix de leur paupérisation. Soit, c’est difficile mais courageux, on ne remplace pas tous les départs à la retraite et il y a moins d’enseignants mais mieux rémunérés. C’est ce que nous avons fait : nous avons augmenté de 18% le salaire des débutants, qui toucheront 2 000 euros en février.

V.P. : Les moyens doivent être suspendus à des fins. Pour nous, l’école n’est pas un coût, mais un investissement. Et la France n’investit pas assez dans son avenir. Avoir des professeurs mieux formés, faire réussir tous les enfants au CP, que des élèves et des enseignants n’aillent pas à l’école la peur au ventre, faire accéder les enfants à la culture, réduire les inégalités… tout cela suppose des moyens.

Mais nous ne mettrons aucun moyen qui ne réponde pas à un besoin. C’est le sens de la proposition de François Hollande qui consiste à créer durant son quinquennat 60 000 postes supplémentaires, pas seulement d’enseignants. La condition sera l’amélioration des performances. Ce sera un contrat, avec une évaluation des résultats et une véritable refondation.

Vincent Peillon, pourrez-vous aussi revaloriser les enseignants en pleine crise ?

V.P. : Nicolas Sarkozy ne croit qu’en l’argent. Mais tout le monde ne fonctionne pas qu’à l’appât du gain, et ce n’est pas la demande première des enseignants. C’est même beaucoup de mépris envers eux : il y a encore une autre culture, d’autres valeurs. Quant à la revalorisation qu’il se vante d’avoir faite, c’est de la poudre aux yeux. Il en faudra bien une, mais réelle.

Luc Chatel, peut-on encore supprimer des postes ?

L.C. : Il faudra continuer dans cette logique – moins d’enseignants mieux rémunérés. Mais pour y parvenir, il faudra réfléchir à l’organisation du système – donner encore plus d’autonomie aux établissements et de marge de manœuvre aux proviseurs qui sont mieux placés que moi pour répartir les moyens. Déléguer, responsabiliser, fixer des objectifs et évaluer : c’est cela, l’éducation moderne. Ce sera au candidat de s’exprimer sur le sujet.

Vaincre l’échec scolaire, un fléau en France, est-ce une utopie ?

L.C. : Non. Tout notre travail depuis 2007 va dans le sens d’une politique ciblée, avec de l’aide personnalisée en primaire, un tiers des collégiens en soutien scolaire après les cours, des internats d’excellence pour des élèves qui n’auraient pu aller jusqu’au bac… Il y a aussi le dispositif «Eclair» pour les 300 collèges les plus difficiles avec des élèves de milieux défavorisés, où l’on met plus de moyens et l’on fait davantage confiance aux équipes, avec le principal qui recrute. Les premiers résultats de cette politique sont encourageants.

V.P. : L’échec se joue précocement. Or, nous avons dans le primaire l’un des taux d’encadrement [le nombre d'élèves par prof] les plus faibles de l’OCDE. Il faut investir massivement dans les premières années d’école. Nous sommes prêts à mettre davantage de moyens, notamment des enseignants, en CP et en CE1, ainsi qu’au début du collège, et à permettre à nouveau l’accueil des petits en maternelle.

Il y a bien deux visions de l’école ?

L.C. : Notre vision est celle d’une école républicaine capable d’offrir une solution à chaque élève à la sortie, de faire du sur- mesure, de responsabiliser et de restaurer l’autorité des enseignants… Pour la première fois depuis longtemps, la droite à une vision très claire de l’école. La gauche, elle, l’a délaissée il y a une dizaine d’années et n’a pas su la reconquérir. Elle n’a qu’une idée en tête : «Toujours plus.» Pour ma part,j’œuvre pour le «toujours mieux».

V.P. : Avec la droite libérale et bonapartiste au pouvoir, on a aujourd’hui une école qui en laisse un grand nombre au bord de la route. Le capital socio-économique est déterminant dans la réussite, des territoires sont relégués et l’école est devenue une grande machine à trier. A l’opposé, nous défendons une vision d’égalité républicaine. L’école est un bien commun, les moyens doivent aller à la réussite de tous. Nous croyons en la connaissance, le savoir, le dévouement et le désintéressement, et aussi en la laïcité. Et nous pensons que l’Etat a des responsabilités dont il ne doit pas se défausser.

 

    13 commentaires à l'article “« L’école n’est pas un coût, mais un investissement »”


    1. Vaysse

      Le taux d’échec en 1ère année de licence résulte du fait du manque de places proposées en BTS et DUT. Nombre de bacheliers technologiques et professionnelles se retrouvent à l’université faute d’affectation en BTS OU DUT.
      Le taux d’échec des bacheliers généraux à l’université est relativement bas.
      Je ne comprends pas pourquoi la gauche en est encore à ce stade de la réflexion.

    2. André Sivrissarian

      «  »" La démocratie a le devoir d’éduquer l’enfance ; et l’enfance a le droit d’être éduquée selon les principes même qui assureront plus tard la liberté de l’homme .Il n’appartient à personne , ou particulier,ou famille, ou congrégation ,de s’interposer entre ce devoir de la Nation et ce Droit de l’enfant.
      Jean Jaures  » l’Humanité le 2 août 1904 « 

    3. BARRIER Christian

      Tous les responsables politiques le savent.
      Le contractuel, celui qui sert depuis plusieurs années et a donc fait preuve de compétence et dévouement bouche les trous à bon compte même pour des tâches régaliennes dans l’E.N.
      Les économies se font sur leur dos .
      *** Là *** est le redéploiement juste et possible !!! Pourquoi toutes ces interrogations au parti socialiste, d’autant que Monsieur SAPIN avait déjà agi très positivement en ce sens.
      Scandaleusement la droite a supprimé les concours réservés et spéciaux depuis longtemps, de manière discriminatoire, pour l’éducation physique par exemple.
      Le P.S. va-t-il être à la hauteur ?

    4. Pluriel

      Soyez prudent avec la FSU, ils réussissent toujours à envoyer les politiques dans le mur ! Parlez en aux conseillers de Jospin lorsqu’il était MEN

    5. David

      Ce message s’adresse à Vincent Peyon en réaction aux propositions du PS sur les rythmes scolaires :
      N’oubliez pas qu’il n’y a pas que le rythme de l’élève a prendre en considération, n’oubliez pas les enseignants, les uns ne vont pas sans les autres et vous avez tendance à ne parler que du rythme de l’élève et absolument pas du rythme des enseignants.
      Les profs ont besoin de faire un vrai break avec le rythme de l’école. Les huit semaines d’été sont plus que nécessaire psychologiquement pour se recharger et ne sont pas de trop, surtout lorsque l’on travaille en moyenne 50 heures par semaine en primaire. Ne nous prenez pas le peu qu’il nous reste ! car en plus nos salaires sont plus que démotivants à l’heure actuelle, nous sommes parmi les plus mal payés d’Europe ! Merci.

    6. valeau

      On ferme, sans rien proposer d’autres que des moyennes et des économies possibles, sans donner un semblant de projet de restructuration cohérente de notre Ecole… Manifestez mais ne troublez pas notre surdité…
      Pourtant les idées ne manquent pas…, rien n’est impossible :

      Le constat : les élèves de France sont confrontées à une vaste et aberrante disparité dans le système éducatif. Education Nationale, l’école ne l’est que par les textes et les décrets.
      La réalité montre que sur le terrain, un établissement ne doit son efficacité que :
      - A la bonne volonté, à l’ingéniosité, des enseignants qui n’ont pas encore baissé les bras
      - A l’existence d’une équipe et d’un responsable qu’aucune formation et aucun statut ne définit et n’instruit, avant leur prise de fonction. Donc soumis à l’aléatoire et la fragilité.
      - A la grande diversité des projets d’établissement ( BOEN 1990 Lionel JOSPIN Ministre), malheureusement eux aussi très inégaux dans leur état des lieux, leur motivation, leur montage, la réalité de leur mise en œuvre et leurs bilans. (d’étape comme final). Pourtant ils sont la colonne vertébrale de la mission adaptée de chaque établissement.
      - A la grande diversité des ressources de base mises à leur disposition par la tutelle dont ils dépendent (communes département – régions), malheureusement inégales selon la bonne volonté et les moyens de ces tuteurs locaux.
      - A la réalité des moyens complémentaires, notamment des soutiens pour tenir compte de l’hétérogénéité des secteurs et les difficultés spécifiques des enfants… Autant que, pour permettre le plein exercice des programmes et le soutien des projets pédagogiques spécifiques…

      En dépit d’orientations, d’objectifs, de programmes, de consignes nationales… aucun enfant n’est assuré de retrouver la même structure, la même qualité… lorsqu’il passe d’ne école à une autre. Harmonisation, ce qui ne veut pas dire uniformisation, est un terme qui n’existe pas dans notre système français.
      - Faut-il que les familles ne puissent avoir qu’une ressource : choisir leur école après entretien avec son responsable (école publique ou école privée et jouer sur la carte scolaire.
      Faut-il que les enfants dont les familles n’ont pas la chance de pouvoir se mobiliser et se lancer dans la quête du « meilleur établissement) peu à peu se trouvent ghettoïser.

      J’ai connu, en tant que directeur d’école, et même flatteur pour ceux qui sont recherchés, cela reste un souvenir amer, lorsque l’on veut croire à l’universabilité du service Education Nationale…
      Certaines communes, certains inspecteurs freinent ces mouvements et essaient de privilégier des établissements, dans le 1er degré au moins, parallèles dans leur accueil… Sans pouvoir toujours adapter les moyens aux situations diversifiées. L’hétérogénéité, ce n’est pas que pour les Z.E.P. ! Aucun établissement n’y échappe aujourd’hui…

      Pourquoi les écoles maternelles et élémentaires ne pourraient-elles pas être prises en charge par les départements voire les régions puisque les départements sont appelés à voir leur rôle diminuer, peut-être disparaître ?
      L’Etat continuerait à mettre en textes les orientations fondamentales, les objectifs, les programmes en conformité avec les lois votées par nos Assemblées législatives mais la mise en œuvre, l’égalité des ressources pour assurer l’obligation, la gratuité, la laïcité, pour garantir leur harmonisation seraient de la responsabilité de la collectivité territoriale, plus apte à la rendre effective que les seules communes, si différentes dans leur formidable diversité ( tant dans les moyens que dans les volontés d’implication) de base, la carte scolaire.
      L’adaptation des outils complémentaires aux réalités des secteurs, d’abord pour répondre à la grande hétérogénéité des populations, pour reconnaître par des bilans approfondis et réguliers les besoins en soutien pour tous les enfants en difficulté, des déficits les plus divers à la précocité la plus perturbante… serait alors plus précise mais surtout plus réaliste. Je l’ai connue et pratiquée lors des plans « REUSSITE SCOLAIRE » dans mon département.
      Pour l’instant, ce qui est lisible et ce qui révolte tant, c’est le souci d’économies et en face aucun projet pour permettre aux familles et aux enseignants d’envisager leur établissement, celui que bien concrètement fréquentent leurs enfants leurs élèves, comme viable et pérenne, dotés des conditions d’enseignement et d’éducation à la hauteur d’un pays moderne et résolument décidé à donner une chance au futur.
      Dans les premiers propos de François Hollande, des orientation s’esquissent, vivement le projet structuré, clair, imaginable et plausible même à moyen terme.
      Inutile de relancer une consultation nationale, elles ont eut lieu, les témoignages, les milliers d’apports de ces parents, éducateurs… mobilisés autour de leur école, les « plans «abondent… Leur analyse, leur synthèse, sont certainement plus rapides à mettre à l’étude, à proposer puis mettre en œuvre… Un groupe de travail pourrait largement, aussi, s’appuyer sur des structures officielles existantes, voire celle de 1990 crées sous le ministère de Lionel Jospin, pour les rénover, s’assurer quelles fonctionnent vraiment partout, de s’appuyer sur ces établissements qui fonctionnent, discrètement mais valablement, pour donner à ces textes, souvent archivés. Les matériaux existent, il faut leur donner matériel et ouvrier pour les faire vivre.

      Ce souci d’une école de terrain, je l’ai rencontré, enfin, dans les dernières propositions de François Hollande donc du P.S.
      Un véritable axe de travail pour un gouvernement qui se saisirait de ce seul point : l’équipe d’établissement avant tout, plus que ce qui est esquissé ici et qui oublie l’essentiel « l’équipe des enseignants » pour n’envisager que le prof seul avec des partenaires…

    7. Philippe GAMARD

      Oui nous laissons un certain nombre de jeunes sur le bord du chemin. Une des possibilités serait pour un enseignant d’avoir le temps de s’asseoir à côté d’un élève pour lui donner des conseils de méthode, un sentiment de confiance, l’envie de progresser, lui apprendre ce qui se fait et ce qui ne se fait pas… L’enseignant devrait avoir le temps de participer à la vie scolaire.
      Je propose un réduction du temps devant les classes (15h au lieu de 18h pour tous les enseignants) ET une présence de 24h dans l’établissement, à la disposition du chef d’établissement, pour l’organisation de la vie scolaire et le suivi des élèves.

    8. pouzergues

      Tout porte à croire que nous allons bientôt entrer dans une nouvelle ère. Je serais heureux si ceux qui s’intéressent à notre système éducatif voulaient bien consulter les propositions concrètes que je fais sur mon site Rêves de France et qui sortent des simples déclarations d’intention auxquelles on se limite généralement. L’éducation de notre jeunesse mérite un véritable débat de fond et une véritable réforme.
      R Pouzergues

    9. charlotte dickinson

      bonjour
      j’enseigne l’anglais depuis près de 15 et me désespère de notre impuissance face aux élèves en grande difficulté.Il me semble qu’un grand nombre de problèmes pourraient être résolus si l’on autorisait l’individualisation radicale des parcours (comme en Finlande d’ailleurs) tout en se basant sur le socle commun pour valider des acquis indispensables. On pourrait imaginer un collège inspiré du modèle universitaire avec un système de modules à valider, certains élèves pourraient en valider plus que d’autres, le minimum étant que tous sortent du collège sachant lire, écrire, compter, se débrouiller en anglais et en informatique et doté d’un projet d’orientation solide et en phase avec ses envies . Or, nous échouons dans tous ces domaines tout en dépensant une fortune à s’entêter à imposer pléthore de matières (et donc de devoirs, d’évaluations et autres exigences des professeurs)à des jeunes qui les vivent comme autant d’échecs et d’ennui ce qui engendre des tensions et la violence scolaire. Je pratique beaucoup le tutorat et le soutien individualisé et je me rends compter que ça marche, ils ne demandent qu’à croire en leurs possibilités, malheureusement tous ces moments sont des cours en plus et donc des heures de plus à travailler pour des jeunes qui ne sont pas scolaires. Le collège unique ne nous permet pas d’alléger les emplois du temps et de proposer les matières en fonction des aptitudes ou motivations des élèves. Pourtant on pourrait ainsi donner davantage d’heures d’arts plastiques ou de musique à certains qui affectionnent ces domaines en les rendant optionnelles. Il en est de même pour les sciences. Ou alors proposer des modules de découverte sans évaluation de ces mêmes matières.
      Est-il par ailleurs pertinent de fonctionner par groupes d’âges? Les enfants n’ont pas tous le même développement et les comparer sans cesse à leur classe d’âge peut être stigmatisant ce qui engendre de l’échec scolaire détectable dès la maternelle!!!Impossible dans ce cas d’envisager une scolarité sereine.
      Pour finir, on pourrait imaginer supprimer les évaluations jusqu’à 12 ans environ, et même après car ce que nous faisons n’a aucun sens, valider des compétences tout en remettant aux familles des évaluations notées, les notes étant aussi les critères utilisés pour les affectations d’orientation, les élèves français seraient moins stressés (je suis Britannique d’origine et le niveau de stress des jeunes français à l’école m’a toujours interpellée). Les évaluations représentent surtout un outil pour les parents qui ainsi comparent leur progéniture à celle des autres.
      Dernier point (si vous avez eu la patience de me lire jusqu’au bout!): supprimer les devoirs qui sont un autre facteur de ségrégation sociale. Beaucoup de mamans élèvent leurs enfants seules, elles ont des emplois précaires et des horaires variables, elles ne peuvent dégager le temps nécessaire à l’aide aux devoirs.Or, je n’ai pas les statistiques mais à ce que je peux constater au quotidien, près de 90% des jeunes qui dysfonctionnent à l’école sont des garçons issus de familles monoparentales.
      Ah oui encore un point, je promets je m’arrête après: alléger la journée, j’ai l’impression qu’on confisque à nos jeunes leur temps de cerveau disponible, on ne leur laisse pas le temps de rêver, jouer, c’est pourtant indispensable pour bien apprendre. 9h 15h30 me parait un maximum, en contrepartie on pourrait travailler 15 jours de plus l’été. Bon, vous auriez les enseignants dans la rue (enfin certains) mais le jeu en vaudrait vraiment la chandelle car les jeunes en échec scolaire sont l’échec de la société tout entière et ils pèseront sur cette société toute leur vie car ils ne sauront pas comment s’y insérer. Bon j’ai vraiment fait de gros raccourcis, je sais, mais j’ai plein d’idées bien plus détaillées…J’espère que Mr Peillon pourra me donner son avis sur mes propositions (qui ne sont sans doute pas inédites d’ailleurs, loin de moi cette prétention) car je pense que l’éducation nationale est un trésor sans commun égal avec d’autres pays mais il est pourri gâché/gâté et il est urgent de le réformer de fond en comble, vos électeurs vous seraient à jamais reconnaissants si vous faites preuve de courage et d’ambition pour leur école! Rien ne serait pire que de nous laisser patauger dans ce système inefficace, reproductif d’inégalités sociales et pourtant issu d’un magnifique idéal!

    10. Emilien

      Bonjour Mr Peillon.
      Je suis parent d’élèves et délégué dans une petite école de montagne à Sentein (09). La rentré prochaine il a été décidé de fermer une classe, celle des petits, et donc de supprimer un poste.
      6 enfants de moins de 6 ans révolus n’auront donc plus la possibilité d’y être scolarisés!!! L’investissement n’est il pas assez rentable pour que soit rendu difficile voire impossible la scolarisation de ces petits?
      J’ose espérer que ce dossier nous vous laissera pas indifférent lors de votre victoire à la présidentielle, surtout dans un département ancré à gauche comme l’ariège.
      Je vous remercie par avance.
      Emilien, boulanger à Irazein.

    11. Jocelyne

      Bonjour,
      Je rejoins complètement David sur les »rythmes scolaires ».Il y a tout un tas de formules qui semblent extrêmement philanthropiques mais qui ne visent qu’à modifier le statut des enseignants à savoir les faire rester 35 heures dans les établissements.Je voudrais bien que Hollande clarifie ses intentions là dessus.Pour l’instant ses propositions pour l’éducation ne sont pas très convaincantes.Je précise que je suis prof et militante du ps(mais pas à n’importe quel prix!).Il reste 4 mois pour reconquérir le monde enseignant….
      La majorité des profs travaille énormèment(plus de 40 heures par semaine selon les matières,sans compter les réunions,toujours faites sur le temps libre).Donc,de grâce,ne faites pas d’erreur,ne mélangez pas rythme scolaire et travail des enseignants,ce serait une humiliation impardonnable!!!Si les vacances sont touchées,ce travail n’aura ,matériellement,plus aucun intérêt(pression administrative,nerveuse,élèves difficiles,opinion publique défavorable voire très hostile,réformes pédagogiques inefficaces et dangereuses voir le LPC que Hollande souhaite visiblement conserver:procédé d’évaluation qui vient directement du monde de l’entreprise!)
      Donc quelles solutions?Sont ce vraiment les rythmes scolaires qui posent problème?On se demande vraiment comment ont fait les générations précédentes pour survivre à l’école?Vous savez ,du temps où l’école était un formidable ascenseur social,du temps où il y avait 6 heures de français par classe etc etc…,du temps où il y avait du travail à faire à la maison…Que me parle t-on de rythmes scolaires lorsque des parents inscrivent leurs enfants dans des formations privées pendant les vacances?Il s’agit des parents fortunés bien sûr! Alors que Faire:Rétablir toutes ces heures de cours manquantes qui assurent l’égalité des chances entre les élèves,DIMINUER LE NOMBRE D’ELEVES PAR CLASSE!!restaure un enseignement de qualité avec des enseignants formés intellectuellement et pédagogiquement,restaurer l’idée que l’école doit pallier le manque de culture de certains milieux sociaux et lui donner les moyens de le faire,penser que l’élève est en difficulté mais ne jamais se mettre à son niveau et sans cesse l’élever,,redonner à l’école toutes ses valeurs républicaines!!!
      C’est ça « se pencher sur les rythmes scolaires »et sur la refondation de l’école !Ce n’est pas réflèchir aux rythmes scolaires des profs et voir comment les faire travailler encore plus pour mieux les supprimer et moins les payer!!!
      « je vous souhaite le bonjour »

    12. le renard

      Bonjour, pourriez-vous vous engager pour la défense d’un enseignement professionnel de qualité en formation continue , et réaffirmer la place prépondérante de l’enseignement professionnel en formation continue ? Nous ne voulons plus de cette casse du cursus BEP-Bac Pro, nous voulons un engagement fort de l’état pour la défense du LEP !

    13. Didier

      Bonjour,
      Je suis directeur d’une école maternelle de sept classes. Cette structure m’amène à gérer 9 enseignants, 7 ATSEM et deux agents de restauration. Notre école reçoit, cette année, 197 enfants. J’ai eu la chance d’être formé lors des dernières promotions de l’école normale et à cette occasion, j’ai effectué de nombreux stages dans les classes de maîtres formateurs en postes dans des écoles éparpillées dans les réalités du terrain. Devenu titulaire remplaçant « longues durées » pour une vingtaine d’années, j’ai enseigné dans toutes les structures du système: IMP, SEGPA et SES (collège), classes de perfectionnement (aujourd’hui disparues), tous les niveaux de maternelle et élémentaire et classe unique, le tout sur des périodes d’au moins une année scolaire. Peu à peu, j’ai été conduit à prendre des intérims de direction. Ces expériences acquises tant en campagne qu’en ville, m’ont permis de forger un bagage qui peu à peu m’a ouvert à l’idée de devenir directeur. Pas le directeur « petit chef » qui se pâme au moindre appel de l’Inspecteur! Pas le directeur qui toise et détient le savoir absolu ! Non, mon projet était d’être un coordinateur de compétences, un mobilisateur d’énergie, un animateur de vie, d’accueil, un oeil et une écoute pour les enfants, les parents, les équipes municipales et l’équipe de l’école, tout en gardant les textes comme points d’appuis, parfois de pression ou d’union. Mon statut, je le forge à chaque inscription d’une nouvelle famille en prenant le temps d’accueillir, de rassurer, d’expliquer. C’est, chez les plus petits, un point essentiel qui permettra ensuite de tisser des liens, calmer les conflits. Mes collègues enseignants n’ont aucune idée de l’énergie, du temps, et de l’analyse que cela demande. Comment, alors, du bureau d’un recteur, d’un ministre ou d’un quelconque élu, d’un inspecteur d’académie, peut-on avoir la moindre idée de ce quotidien, quand souvent, le lien avec le terrain a la minceur, d’un dossier, d’une ligne de chiffres ou d’une fugace lubie. Certains clament haut et fort la nécessité d’un statut… d’autres planifient des regroupements élémentaire/ maternelle où le directeur sera cet administratif qui n’a plus de classe… Quelques-uns se placent pour donner une tournure nouvelle à leur carrière… Moi, je ne demande qu’une chose : qu’on nous laisse travailler, ce sera beaucoup !
      Et les vacances ? J’en ai besoin… mais durant chacune, je passe à l’école pour rencontrer les ouvriers municipaux qui vont faire des travaux que j’ai demandés, pour relever mail et courrier, pour envoyer les réponses qui ne peuvent tarder. A chaque petite vacance, c’est deux jours offerts au service… et en été, je pars en vacances une semaine après les autres et je rentre une semaine avant (pour les inscriptions, les suivis, préparer la rentrée…), sans compter les passages à l’école pour une demi-heure qui se transforment en deux parce l’usager qui passait a vu les volets ouverts et avait oublié d’inscrire son dernier. J’ai une classe de petits trois jours par semaine, je comprends l’enseignant qui subit la pression permanente d’une classe. J’ai la chance de pouvoir prendre du recul, mais tous mes collègues ne sont pas dans ce cas et grand bien leur fasse de prendre du repos, se vider la tête… Nous sommes humains donc différents ! J’ai choisi mon poste et j’assume.
      Pour conclure : en ces temps de réforme pour la réforme, ne serait-il pas temps de réformer notre système éducatif en ne reformant plus (j’ai déjà connu beaucoup trop de réformes), mais en rendant à notre école son sourire et de l’envie…